samedi, février 18, 2017

BARBARE BORDELLO

Comic Strip Tribute Song.




Duran Duran la nuit
La machine excessive
Me saisit, me lessive
Et elle m'appelle Jolie
-Jolie. La Reine Noire
De Sogo me jette au
Labyrinthe, Pygar
Is waitin'. Ange aux
Ailes rognées, yeux crevés
I flee les requins de l'air
Barbare est là, sauvée
Angel super power
Later I, I, meet Lio
Avec l'Orticario
Dieu Sablier son Temps perd
Le Mange-Minute
Burstin' out his anger
Lio m'aime je dis chut
Je fonce voir Narval
Lui faire l'amour au fond
Du Lac aux Animales
Lui greffer des poumons
Le tirer de l'onde
I'm his lovin' blonde.



dimanche, novembre 13, 2016

MAINOMENOS


There are dreams you can hardly shake off
Days and nights you can hardly let go without squeezing gold out of them.
I'm a water woman, made of rain and mist. This very rain I tried to hold before the moment I surrendered.
Ananké drove me to an icy land, leading the way to a wet forest. Ineluctable necessity whose footsteps I willingly followed.
Cold took hold of me the moment I stepped into his world, touching his hand, smooth as glass and cool as snow. This hand I took under my coral feathers to warm it up, the very coral taken from my sea swimming its way to his neck and settling on his reef.
Looking for his abandonned hand in the night again, the fingertips made to hit the right the key and the silky rosy arms where entertwined blue veins reminded me of some mysterious long-forgotten undergrounds. Cold again, as I contemplated his long slender body stretched under the cover, barely moving not the break the spell. Above him, I was breathing the intoxicating smell of the forest , above these child-like features, the rounded forehead, the swollen lips, taking as much as I could
before dawn hurt us both. Then, a giggle in the dark shook us off from sleep.
There were magnetic fields we had both trodden upon with earthly feet. My head on the pillow, the wet red -soiled forest was all around me again with its dewy smell. We weren't alone, the truth was down there, in the eyes of long-gone Gods, their names chanted as we walked up the sacred path, Mercury, the Deer God and the furious Mainomenos. We flew over the stone temple, a red-eyed roaring insect peeping at us in the haze. My rain suddenly started to fall and I woke up a woman.
Night again, clung at these arms' length again, his violent desire so mute and restrained, my body split, wrung by the opposite powers fighting inside . Cold was biting my skin and then I felt the dark swell of pleasure coming up, washing the reef, I let a barely human cry and then fell myself expelled from his body and mine . And there he was, Mainomenos, the Roaring God glaring his scarlet eye at me, burning me with his beastly breath. The room was filled with his feverish smell as I was swiping his scorching body, set ablaze with an everlasting desire. There he was, the immortal Saviour, the heroic and powerful Beast and there was nothing beyond the Beast, as Mainomenos was now feasting on our shivering remains. The Great Mother kissed our foreheads with her smouldering lips as we sunk into the depths of the forest again.



mardi, novembre 01, 2016

MAINOMENOS-ANANKE

MAINOMENOS. Cy Twombly.



 Il est des songes dont on ne veut pas se réveiller. Il est des jours et des nuits qu'on ne veut pas lâcher sans extraire l'or, l'essence d'un corps. Mon corps, mon âme sont faits d'eau, j'ai tenté de retenir mon âme comme de retenir mes larmes avant de rendre les armes. Ananké m'a prise par la main pour me conduire dans une terre embrumée. Ananké a  guidé mes pas dans une forêt mouillée . Ananké, nécessité inaltérable, fatalité. Le froid m'a saisie dès que j ai mis les pieds dans son univers . Premier contact d'une main glacée prise sous mon aile pour la réchauffer. Mon plumage avait la couleur d'une écharpe rose dragée, parfumée, souple et douce enroulée sagement à son cou désormais . Dans la nuit, cette main je l'ai cherchée, cette main abandonnée reliée à un grand corps . Les terminaisons des doigts longilignes faits pour frapper la note juste me fascinaient, tout comme me fascinaient ces bras soyeux couleur de rose où s'entrelaçaient des veines bleues comme des souterrains dans des bois inconnus.  Corps étendus sous les draps, morsure du froid encore. Contempler le front lisse, la pureté du profil, la bouche mi-close un peu renflée dans la candeur du sommeil,  ne  pas le réveiller,  ne  pas  le briser , juste le regarder, ne pas lâcher l'or, avant le mal d'aurore. Et soudain, dans le sommeil, le tintement d'un rire. Laisser mon esprit divaguer dans ces champs magnétiques ensemble parcourus . La tête en arrière sur l'oreiller, l'humidité de la forêt, l'odeur de la terre, la terre rouge, les arbres  verts, nous n'étions pas seuls, la vérité était là bas . La vérité s'est élancée dans l'oeil de Dieux Antiques, Mercure, Mainomenos, le Rugissant et Cernunnos le Grand Cornu. Voyager au dessus du temple de pierre, les yeux rouges de l'insecte vrombissant à travers le brouillard. Chemin dans la brume, Tmolos ou Thor, pluie j'étais, femme je suis devenue.
La nuit encore, à bout de bras portée, violence du désir tenu de l'homme,  corps tordu, broyé sous les impulsions contraires, froid mordant, enveloppant, sentir monter  la sombre vague du plaisir . Corps-océan roulant sa masse opaque, cri inhumain déchirant la nuit, projetée  en avant, éjectée  de lui et de moi-même, Mainomenos, soudain,  me contemplant de ses yeux étincelants et me brûlant de son haleine. Sauveur, chargé d'immortalité, la Bête héroïque et puissante, et plus rien au delà de la Bête, au Rugissant abandonnée. Odeur de fièvre, sueur ruisselante, odeur chaude, essuyer son corps constamment surchauffé.  Etreinte de l'angoisse du monde, sanglots contenus lorsque encore en état d'épuisement  le désir nous rattrape. Ceridwen brûle nos fronts de son
baiser et  nous engloutit dans le sol glissant de la forêt pour y renaître à jamais.
Ananké, nécessité inaltérable, fatalité.

samedi, avril 25, 2015

Souvenirs du 8 mai 1945 par Jean, fils de Marius, prisonnier en Allemagne.


Une fois n'est pas coutume le texte n'est pas de moi mais de mon père qui décrit ses souvenirs de la Libération. 

mai 1945

Le 8 mai la France éclate de joie. Il n’en est pas de même pour ma mère et pour moi. Mon père est prisonnier. Notre dernière rencontre (brève) s’est effectuée sur le quai de la gare Saint-Charles, lors d’une halte du convoi qui emmenait son bataillon de chasseurs alpins vers  une «destination inconnue» (relever les combattants de la ligne Maginot nord-est). C’est la dernière fois que ma mère et moi l’avons embrassé.
Depuis 5 ans, nous n’avons plus eu, avec mon père, que des contacts écrits, sur des imprimés fournis par l’état et soumis à la censure. Ma mère lui expédie des colis dont le nombre est rationné. Elle fabrique des conserves serties par le ferblantier du quartier. Ces conserves seront percées d’un coup de baïonnette lors de leur arrivée au camp de prisonnier afin d’être obligatoirement mangées dans les plus brefs délais.
A la suite du débarquement allié, le courrier passe de plus en plus mal. Depuis la chute de Hambourg où se trouve le stalag X B de Sandbostel, nous n’avons plus aucune nouvelle. Nous sommes inquiets ! En ce jour de liesse, après 5 ans d’attente, une issue fatale serait pour nous horrible.

Pour fêter ce jour, le service du ravitaillement à fait les choses en grand. La boulangerie de mes grands-parents à la Croix Rouge a reçu de la farine « blanche », de la margarine, de la poudre de lait et d’œufs, du sucre afin de fabriquer les « gâteaux de la victoire ».
Toutes ces denrées sont à récupérer au service du « Contrôle économique » rue Pierre Dupré (les tickets de rationnement existent toujours). Pour aller charger les colis, tous les véhicules sont autorisés à circuler. La vieille B 14 Citroën de la boulangerie qui a passé 5 ans camouflée sous des fascines sensées chauffer le four, peut circuler. Son réservoir en tôle s’est rouillé, le carburateur s’encrasse tous les kilomètres. Il faut s’arrêter, démonter l’arrivée d’essence et souffler dans le tuyau afin d’extraire les impuretés.
Qu’importe, les gâteaux seront fabriqués et vendus sans tickets et à prix coutant.

Ma mère commise de la boulangerie ne participe pas à l’enthousiasme des clients.

En effet, cette photo de chez Falcone résume assez bien ce qu’a été notre sentiment pendant ces 5 longues années.

Je pense que de nombreuses familles de prisonniers ont fait faire ce cliché.

Ces photos étaient envoyées au stalag pour soutenir le moral des prisonniers et montrer que malgré la séparation, l’amour et l’affection des proches demeuraient.

Ma grand-mère Marie, Mon père Jean. Ma grand-mère Marie

La valise de prisonnier de Marius, mon grand-père peinte par lui-même.


A cette photo, répond la peinture sur la valise en bois de mon père que nous avons découvert lors de son retour.



25 mai 1945. Depuis plusieurs soirs, nous espérons  le retour de mon père.
 En effet, les premiers trains de prisonniers libérés arrivent en gare Saint Charles.
Si la majorité de ces retrouvailles se passent en embrassades, il y a des querelles, des heurts. 5 années d’éloignement créent souvent des situations de rupture. La force publique a jugé bon de limiter l’accès du public aux quais de la gare.
Nous sommes venus plusieurs soirs de suite, nous avons  la chance de connaître un client qui est factionnaire à l’entrée, ce qui facilite les choses. Nous sommes donc sur le quai avec ma grand-mère qui elle aussi attend son cher fils. Les parents et amis n’ont pu entrer.
Soudain, un train entre en gare, des visages apparaissent aux portières, ma mère sourit et crie : « Il est là ! ». Mon père descend, il a les traits tirés, amaigris, il flotte dans sa capote gris-verdâtre où dans le dos sont inscrites les lettres KGF. Il embrasse longuement ma mère puis la sienne, il se tourne vers moi et ma mère me dit : « C’est ton papa ! » Je suis interloqué, je ne suis plus « Fils de prisonnier », je suis un garçon comme tous mes autres copains qui se font gronder par leur père lorsqu’ils font une bêtise.
Nous sortons de la gare, mes oncles, leurs épouses, les cousins et cousines sont tous là pour l’accueillir. Mon père est ébloui par la tenue des femmes. Il a quitté la France à l’époque de la « Garçonne », il retrouve des coiffures aux « mises en plis » impressionnantes, des robes  et jupes raccourcies, des bas de nylon que les américains ont apportés. Il est loin des « gretchens » de Hambourg.
  Nous montons dans des voitures pour rejoindre la boulangerie de mes grands-parents. Je suis dans une Celtaquatre Renault entre mes parents. Notre famille est enfin réunie.

dimanche, mars 29, 2015

Julia à AB : vostè necessita

Cher AB

Je sais que vous vous plaignez de ne pas pouvoir vous procurer « l'Ombre de l'Eunuque », de Jaume Cabre . Ne me demandez pas comment, l'omniscience fait partie de mes attributions, je dois composer avec et croyez-moi ce n'est pas forcément facile tous les jours. Je suis au courant de vos réclamations auprès de l'auteur et je vous soutiens dans ce combat cher AB. Il faut absolument rééditer cet ouvrage car mon personnage , Julia, féminine, féministe, post-moderniste et anticléricale est des plus intéressants. Je suis personnellement ravie de ma (sa?) carnation parfaite, de l'ébène de mes cheveux, de ma taille déliée et de ma dentition régulière. De plus, M. Cabre m'a faite docteur honoris cosa en littérature post-moderne. Ma thèse porte en effet sur les occurrences des consonnes plosives (phonèmes /p/, /t/, /k/, ) dans « Cap au pire » de Samuel Beckett. Vraiment, je ne saurais que féliciter Jaume pour avoir su composer un magnifique personnage de femme catalane.

C'est là que vous pouvez voler à mon secours, cher AB, le livre étant malheureusement en rupture du stock, je me retrouve provisoirement sans emploi, la crise étant ce que vous savez en Espagne. C'est là que je dis, hardi, AB ! Podemos ! Jetons nous à l'eau sans autre forme de procès, je veux être votre prochain personnage ! Tout est livré clefs en main, la construction psychologique, la description physique, le passé trouble et la focalisation interne !J'ajoute que la métalepse ne me fait pas peur , je sais que vous en êtes adepte. L'incarnation pourrait avoir lieu dans la psyché de votre chambre et je pourrais par exemple laisser l'empreinte de mon visage sur votre oreiller ? Qu'en pensez-vous ?
Ne soyez pas timide, je veux être à vous, prenez-moi là tout de suite cher AB, couchez-moi sur votre Document Word SansNom1, vous ne le regretterez pas. Il me tarde que vous resserriez les entraves de votre graphie méticuleuse sur moi.


Votre (futur?) objet littéraire


Julia.



dimanche, mars 01, 2015

Julia Jaume Barcelona. M'en vaig.



 Nouveau texte inspiré des personnages de l'Ombre de l'Eunnuque de Jaume Cabré.



Si tu trouves cette lettre, c'est que tu auras comme à ton habitude fouillé mes poches et mes tiroirs. Tu auras sans doute ouvert le tiroir du chiffonnier en ronce de noyer qui contient ma lingerie, soulevé mes culottes en dentelles blanches, celles décorées de 3 perles miniatures au niveau du nombril, constaté qu'il en manquait quelques unes. Peut-être auras-tu poussé le vice jusqu'à inspecter ma boite de tampons hygiéniques, j'en ris à distance, toi qui a toujours méprisé ce que tu appelles avec dégoût « les menstruations. » .


Du chiffonnier tu seras donc passé au miroir à trumeau de type « Berlioz » décoré de motifs en résine moulés. Ce miroir que tu m'accusais d'user chaque matin, on aurai cru entendre mon père : « Julia, arrête de te regarder dans la vitre de l'horloge, dans le pied de la lampe 1930 , dans la louche en argent. » mais MERDE, qu'est ce que pouvait vous faire à toi et à lui ?

Tu l'auras donc trouvée cette fameuse lettre , griffonnée au bic noir sur du papier jauni (il n'y a décidément rien de neuf dans cette baraque ) coincée entre le mur et ce fameux miroir. Et puis tu l'as sans doute deviné maintenant, je te quitte. Bien sûr, j'aurais pu te donner des explications ce mati mais j'ai préféré partir sans discussion. Tu m'aurais sans doute à nouveau reproché mes réponses laconiques, mon incapacité à me concentrer sur une vraie relation, mon mutisme. Aujourd'hui c'est fini. Je vous ai tous supportés mon père, toi, les curés, avec vos diktats et vos impostures. C'est terminé.

C'est hier soir que j'ai compris. Dans ce restaurant minable où ta légendaire pingrerie nous a fait échouer, enfoncés dans cette taule du Bario Gotico, où tout était déprimant, du papier tue mouche descendant en zigzag du plafond, jusqu'aux motifs a carreaux des nappes trouées par les cigarettes. L'odeur du graillon se mêlait aux effluves de ninas.
Je t'ai regardé étudier la carte dans ses moindres détails, tu as longuement hésité à commander une bouteille de mauvais vino tinto qui râpait la langue. J'ai eu le sentiment très net d'être épiée, sans doute redoutais-tu que je demande le plat le plus cher. Tu m'as d'ailleurs fait remarquer qu'une media racion de boles de picolat suffisait largement. Je me concentrais sur les taches de café du menu pour ne pas voir tes dents jaunies par le tabac, ta peau grise et tes cheveux gras.

C'est à ce moment là que j'ai su que je ne pouvais pas continuer. Tes déprimes à répétition, ce spleen que tu traînes à longueur d'année, sans qu'on en connaisse le pourquoi du comment, je ne le supporte plus . Tes airs prétentieux m'indisposent aussi lorsque tu prends tes poses de vierge effarouchée pour me traiter de sale gosse gâtée et embourgeoisée.

Je suis donc partie ce matin, tu ronflais encore. Tu as juste bredouillé de remonter des Ducados pendant que je zippais ma robe de laine noire devant la psyché  et fardais mes lèvres de Rouge Baiser.

Sans doute es-tu en train de regretter tout ce temps perdu mais il est bien trop tard. Lorsque tu liras cette lettre, je serai déjà loin.



Julia.

mardi, juillet 08, 2014

Yes Future? Ma vie avec...

Salut à toi et mort aux cons. Bérurier Noir
9 Tweets en hashtags.

1 #Lycéemichelet. #Manifs. #Touchepasàmonpote. #MalikOussekine.
2 #Concert. #Pogues. #ThéâtreduMoulin. #chanteurbourré. #Marseillaisesifflée. #Doigtslevés.
3 #Canebière. #Maniftricolore. #Punkàcrête. #Cultorchéavecdrapeaufrançais. #Skinheads. #Course. #Bouteille. #Tesson. #Cicatrice.
4 #Elections1etour. #Texto. #Vote PS . #BulletinUrne. #Derniermoment. #Inutile.
5# Elections1e tour. #10 pour cent . #Identiténationale. #Karsher.
6 #Elections. #25 %. #1er parti. #Putain30ans.
7 #Fournée #divorce #communication.#Assez.
8 #Arturo Ui . #Brecht. #ventrefécond. #Bêteimmonde.
9 #Ionesco. #MèrePipe. #SoupePopulaire. #Pasdeloie.

samedi, novembre 23, 2013

Le credo de l'assassin (Assassin's creed)

Un pur produit d'atelier d'écriture, écrire un texte théâtral à partir d'une image et d'une réplique. J'offre ma reconnaissance éternelle à qui saura débrouiller l'intertexte et décoder les références.

Image : Stanley Kubrick

Plateau nu. Edwina est en scène à la face, coté cour, l'air terrifiée. Derrière elle une toile où sont projetées deux silhouettes en ombres chinoises. La silhouette féminine ressemble fortement à Edwina, la silhouette masculine est armée d'un fusil, semble-t-il et tient la femme en joue. Le jeu des ombres durant la scène devra être être de type expressionniste et distillera une sourde angoisse qui ira en s'accentuant. En fond sonore The Animals de Kat Onoma qui s'interrompra aux premières répliques d"Edwina.
Edwina
Où est mon derrière? Pas sur le siège. S'asseoir n'est pas constitué si le derrière est en l'air.
Un temps. Derrière Edwina, l'ombre de l'assassin vise désormais l'arrière du crâne de la femme.

Edwina
 Pas de siège (se retournant). Pourtant mon derrière est bien derrière et mon manque d'assise renforce ma mentalité d'assiégée.
Se dirige à jardin, l'ombre de l'assassin se rapproche dangereusement de l'ombre de la femme. On perçoit un ricanement.
Edwina
Il y avait autrefois, ici, des parterres d'iris, des buissons d'aubépines, des bassins enchanteurs. Les jardiniers taillaient les ifs du labyrinthe. Aujourd'hui tout est enfoui sous la neige.
Ricanement, l'ombre de l'assassin fait désormais face au public. Edwina se retourne vers elle.
Edwina
De quelque côté l'on se tourne, on ne peut se détourner de Lui. Il m'a ramenée sur le droit chemin et marche désormais à mes côtés.
L'assassin pousse un mugissement de taureau. La silhouette de la femme se recroqueville terrifiée. La tête de l'assassin est désormais surmontée d'une paire de cornes.
Edwina
Derrière moi, se trame un drame mais je ne suis pas prête à partir les pieds devant, Révérend.
Soudain l'assassin fend la toile de ses cornes. Sa tête passe à travers. Son regard n'a rien d'humain.
Edwina
Jack! Tu es fou, tu n'as encore rien écrit aujourd'hui.
Jack s'avance en soufflant l'air par ses narines. Il s'avance vers Edwina très lentement alors que la musique reprend. Noir.

samedi, mai 18, 2013

PYGAR.

Design by Ivan Sly





Finist Fier Faucon Plume Bigarrée
Baiser parfum mangue
Sur le bout de ma langue
Sur la mienne quand ton goût la délie
Pleins et déliés
Langue sur la lagune
Langue de sable vient lécher l'île
Lécher mon IL
Tracer la boucle du L
de ton Elle
du double Elle
Prends moi sous ton aile mon île
Sous tes plumes d'ange
L'île est d'eau, l'eau pour IL
O Ys, mon île engloutie
Du haut de ma libido
Elle est l'ilôt de mon délire
J'adore ton histoire d'eau
De la mon eau, mon au-delà
Lorsque tu poses ta langue sur le haut
De mon clit, oh!
Dans la ola ou les olés
Je ne sais plus où elle est
Dans le combat ou la mélée
Je ne sais plus où aller
La pluie d'or tombe fort
Tes doigts sur le clavier, la plume sur le papier
Tes mots en moi , pénétrer l'oreiller
Dors et déjà l'aurore nous sort en dehors du silence d'or
Bouche d'argent, baiser
Les lèvres de mon bien-aimé
Ma joue sous son aile froissée
J'entends bruisser ses plumes, aile bigarrée
Etre ange, mon ange
Or je le sais d'ores et déjà,
L'oreiller est mon support
A ton port je m'attache
Je suis ton île mon IL, ta plume peut jeter l'encre.

vendredi, mai 10, 2013


Incisives Initiales
Atelier de mai, inspiré par Gherasim Luca.

Design by Ivan Sly

Calligraphier le nom, les lettres, les “l”, la boucle du “l”, du double “l”, du double elle, du double jeu, du double je.
Plume d'ange couchée, couchée dans ton lit, lis en moi, mords les mots, les maux de tête, les maux de dents.
Break a code, break a leg, casser le code du mode, du mode, du mot de passe, audace de ta langue quand tu suces le mot de passe.
Poussière d'ange, mordre la poussière, tracer les lettres, effleurer les mots.
Tomber comme une mouche, tendre bouche, bouche à croquer, bouche à manger, manger le mirage, manger le point G.
Manger, marcher, marcher, marcher, marcher sous la pluie, marcher sous la cascade, la cataracte, battre le pavé, marcher sous la pluie qui bat le pavé.
Répéter, répéter, répliquer la réplique, répliquant la répliquante
Fluides magnétiques, relais, terminaisons, désir synthétique, mémoire de la peau, de la plume, implants, implanter l empreinte de la langue déliée.
Oreille, oreiller, entendre, écouter les râles, les soupirs, les cris, mordre la peau, mordre l'oreiller.
Etre la, être à l'instant, être présente à l'instant présent, à présent être l'amant, être l'aimant, être le présent, être l'aimante, aimanter l'aimant, aimanter l'amante.
Se retourner, yeux révulsés, se retrouver devant l'arbre à thé, être à l'instant, être au présent, thé à l'amante, amante avide. Théâtre, mise en scène, scène de vie, le monde est une scène, une scène sacrée, une sacrée scène.
Aimanter le corps, aimanter le coeur, le coeur sacré, le corps tatoué, le coeur enlancé, enlace moi quand je meurs mon amant tatoué, mon amant élancé, élance moi, élance moi le corps, la plume dressée, tresse mon désir, désire ma détresse.

mardi, janvier 22, 2013

Deaf penalty.


Atelier d'écriture  :  polyphonie téléphonique.


Rien au monde ne le fera changer d'avis. Je ramasse mon jean, mon tee-shirt et mes bottes. Il y a longtemps qu'il s'est rhabillé. Il joue avec son Iphone. Je ferme mon blouson, prends mes clés, oublie mon sac, il me le fait remarquer. Il m'a devancée dans le couloir. Nous montons dans la petite voiture grise, claquons les portes sans échanger un mot. Mes doigts anesthésiés ont du mal à la démarrer. La pluie tombe en rideau, toujours pas un mot. Machinalement, il examine les boîtiers des CDs vides. Ses yeux sont transparents. Sur le pare-brise, des nappes d'eau s'abattent en cadence. Voilà, déjà la bouche de métro. Ma bouche à moi est close, mes dents serrées. Il est sorti en trombe, je démarre.

C'est moi, il est parti. Je te rappelle, je te réveille? Non, tu as réveillé Jérôme, rendors-toi bébé. Je suis désolée, il est parti, c'est fini. Quoi? Oui, c'est fini, il m'a quittée. Pour de bon, cette fois? Oui, oui, pour de bon, il ne changera pas d'avis, c'est fini. Mais la semaine dernière, il dit que c'est mieux, pour lui et pour moi. Comment tu te sens, je ne sais pas, je ne sens rien. Quel connard, il t'a jetée comme çà, sans préavis, non on s'est disputé toute la journée, il t'a baisée avant? Oui, quel connard, la classe intégrale, il arrive, il te saute, il te quitte? Attends, j'ai un double appel.


Le kit main-libre glisse de mes oreilles, la voiture saute de plaque d'égout en plaque d'égout. J'ai heurté un trottoir.


Putain, tu nous as réveillés, on savait plus ce qui sonnait dans la chambre. Il m'a quittée, quoi? Il dit toujours çà , il ne le fait jamais, la semaine prochaine vous êtes à nouveau ensemble, et puis tu voulais le virer, rappelle-toi, tu avais préparé le texto. Si c'est fait, j'ai un double appel, merde je me suis trompée de bouton. Qu'est-ce-que tu fous, tu m'as raccroché au nez, il m'a quittée, tu es où?
Je rentre, je vais à ma soirée, tu veux pas venir? Non, suis pas en état, quel connard, il te mérite pas. Tu nous a fait la peur de notre vie, appeler comme çà, tu veux venir dormir à la maison, tu veux sortir avec moi? On n'est pas là mais on est avec toi. Coupe les ponts, vire tout son numéro, son Facebook, son Twitter, son Viber, son Skype, ne le vois plus, tu as compris.

Je gare ma voiture, je reste assise sous le déluge. Mon blackberry vibre, un texto.

"J'espère que tu es bien rentrée."

dimanche, décembre 30, 2012

Haïku instantané

Bon j'ai enfin appris à faire des Haikus, selon les règles de l'art. Donc voilà un instantané de mon après-midi!

Je vous souhaite tout le bonheur du monde.


Au Parc, dans l'allée
Canards, vacarme, plonger
Plouf! Bon bout d'année!

vendredi, juin 15, 2012

El Atlal : Les ruines.








Je ne vis plus.
J'ai reçu cet email de quelques mots Ne viens pas, je n'ai pas de sentiments pour toi, je ne répondrai plus.
Tu mens, tu mens comme tu respires, je ne sais pas pourquoi.  Cà n'a jamais été fini, raisonne tant que tu veux, je ne te crois pas. Je te le répète, il n'y a que toi, que toi je ne pense qu'à çà, je ne pense qu'à toi, je me fous du reste, tu peux me dire d'aller me faire voir tant que tu veux, je m'en fous. tu peux bien faire le malin, je sais bien que quelque part tu m'aimes encore . Et tu peux pas me laisser comme çà, c'est pas possible.

Ma douleur est immense, j'ai l'impression que mon être entier s'est décomposé. Mon coeur a explosé dans ma poitrine en fleurs de sang. Mon coeur s'est brisé. Elle est étrange cette expression, tellement cliché, c'est un briseur de coeur, la petite sirène sentit son coeur se briser. Et pourtant, je les sens, je sens les morceaux épars dans mon sein gauche et la douleur est insupportable. Une angoisse insurmontable m'étreint, une lame de fond qui ravage tout sur son passage, me soulève comme un morceau de bois flotté et me jette sur le lit, le corps secoué de sanglots incoercibles. J'avais cru, j'ai cru, tellement, tellement pouvoir faire ce que je voulais, invincible derrière mon écran, protégée par ma carte bleue, mes euros et mes certitudes. Je commence à peine à voir mon erreur, mon aveuglement. Personne, personne et moi y compris, ne peut s'affranchir des lois tyranniques et inconnues qui dirigent nos destins. Qu'est-ce que j'ai cru? Je n'irai jamais au Maroc, je ne le verrai jamais je ne saurai jamais quel goût à sa peau, quel odeur est la sienne. Mon amour ne passera jamais en trois dimensions.
Et que me reste-t-il à présent? Quelques photos de plus à contempler : une pose devant une porte décorée d'arabesque, une autre à une table dans un patio et puis c'est tout, c'est tout, c'est tout, il n'y a plus RIEN, rien, bordel, plus rien. Je ne peux que me noyer dans la contemplation de ces traits adorés, incapable de couvrir sa photo de baisers puisque tout est sur mon écran, tout est virtuel, rien n'est réel, rien n'est palpable, tout est fugace. On pouvait s'aimer dans ce no man's land, ça oui mais dans la vraie vie, non, non, non, il le savait et IL LE SAVAIT dès le début. Mon coeur, mon Dieu, mon coeur que çà fait mal, c'est pas possible, je vais en mourir, je vais crever là sur ce lit.


dimanche, mai 20, 2012

Tristes Tropiques, poème pour un seul arbre.


Tristes Tropiques


Longtemps, je me perds dans les forêts de pluie.
Remontant l'Orénoque, le Rio Negro et l'Inini.
Pluies sans répit sur mon âme endormie.
Des nuits d'insomnie, à guetter l'appel de l'Amazonie.

Murmure, flûte mélancolique, dans la forêt de pluie
Jungle dans ma tête, réalité que je fuis.
Fleurs, troncs, feuillages,
S'écartent sur mon passage.

Ma pirogue glisse sur le Maroni,
Nuit, grenouilles, insectes, tapage
Coque qui fend les eaux sombres
Trempée par la pluie sans relâche.

L'eau comme de l'encre et la cascade si blanche
Avant de se lâcher dans la vasque, enfants se tenant aux branches
Plonger dans l'onde et ne jamais remonter
Couler à pic dans les flots noirs de l'oubli

La forêt est verte comme la pluie
Feuilles, mousse, troncs, arbres
Chercher un arbre, un seul arbre, un nid
Un tronc solide, territoire infini

Pluie, magie, chamane aux yeux pers
Je suis singe hurleur au loup de soie
De la cime de l'arbre, au fond de la selva
Un gouffre de jade, un cenote aux reflets verts.

Vert de jade et gouffre amer
De la cime de l'arbre, mon âme à l'envers
Sacrifice, danse et magie
Mon coeur coule dans le Maroni.

Longtemps, je me perds dans la forêt de pluie
Singe hurleur, masque de soie, foudroyé
Danses, incantations, magie
Plonger, tournoyer, se noyer.

Dans le vert jade, le cenote
De ses yeux, ne jamais remonter.
Couler à pic, oublier la douleur
La forêt me perd, reste la couleur.



mardi, mai 08, 2012

Rendez-vous à Queen's Court.






Une gare du nord de l'Angleterre, un soir d'été.
Du monde, beaucoup de monde, le quai est long. A la sortie, il faut remettre son billet dans la machine.

Un garçon brun m'a hélée, pas très grand-pantalon beige, veste indistincte qu'il a du mal à fermer. .

Je passe directement sans le regarder dans les yeux. J'emprunte un tunnel pour sortir de la gare. Briques rouges, carreaux blancs.

Il est tard, bien plus tard que vingt heures.

Subway vide, flickering light, lumière tremblotante du néon. Ne suis pas seule, je le sens, une étrange mélodie émerge dans ma tête.

Midnight in the subway
She's on her way home
She tries hard not to run
But she feels she's not  alone.


Si tu le fais, n'aies pas peur.

Echoes of footsteps follow close behind

Des pas font écho, juste derrière moi.

But she dares not turn around.

Je n'ose pas me retourner. Pourtant, je sens un souffle dans mon cou. Puis un murmure : "Tu me reconnais?"
Je réponds "Non." et je sais que je mens. Si je me retournais, je sais très bien ce que je verrai. Des yeux noirs en amande, un sourire et des dents blanches.

Je ferme les yeux et je pars en courant droit devant moi. Je sors de la gare et je me rue au hasard. Je croise des filles-miniskirts paillettées, stilettos , tee shirts hen's night party -des hommes en cravates, des familles entières du grand-père à la petite fille, également tatoués, édentés, abreuvés, attablés aux beer gardens des pubs.
Je m'engouffre dans une cour pavée. Sous le porche, des travestis en boa, des garçons- shorts en jeans moulants, doc marten's , des chicks sorties tout droit de "the L Word"-bracelet de force et débardeur Calvin Klein. Tout le monde fume, tout le monde boit : des pints, des shots, des bottled beer, des premix teintés de bleu et de rose. On commande les drinks par trois ou quatre pour éviter la queue monstrueuse au comptoir. Au dessus de ma tête des guirlandes d'ampoules colorées, accrochées aux balcons de ce qui a du être une rue commerçante du Leeds au début du dix-neuvième . Des gens s'y trémoussent et y trébuchent, de la musique électro s'échappe des bars aux noms très vingt et unième : Fibre, the Loft, the Pink Pounder.

Les basses m'envahissent, me prennent aux tripes et me retournent, le visage écrasé au ciel.


Universe is full of stars
Nothing out there looks the same
You're the one that I've been waiting for
I don't even know your name

Des bulles, des confettis et des ballons. La nuit au dessus, les étoiles, c'est l'été, peut-être même le solstice, il fait presque chaud. Je ne sais pas où me tenir où plutôt je tiens toute seule, écrasée, compressée, bousculée, les pieds mouillés par les verres qu'on renverse. A terre des flyers réduits à l'état de bouillie sur les pavés annoncent : "Drinks £1 all night long".
Je me recule, encore pour me retrouver sous le porche de briques rouges. Le mur porte le nom du lieu où je me trouve « Queen's Court ».



Le souffle à nouveau sur ma nuque, je me retourne et il est là sans même que je l'ai vu ou entendu venir. Il s'est déplacé à la vitesse de la lumière comme un vampire de Mystic Falls. Il approche son visage du mien, je croise son regard, l'un de ses iris plus foncé que l'autre.

Je m'entends murmurer "Un oeil pour ton père, un oeil pour ta mère."
"La mémoire te revient, on dirait." c'est ce qu'il me répond.

"Tu m'as déjà dit çà?"
" Non, pas à toi."
"Alors, à qui?
"A elle, je lui ai dit à Elle, la fille de l'aéroport de Marrakech. Elle avait pris l'avion, elle était venue me rejoindre là-bas. Elle ne me connaissait pas, elle avait juste fait l'amour avec moi sur internet."

Les basses des musiques électroniques se sont calmées. Il est une heure du matin, c'est l'heure du chill out et de la musique lounge. La foule de Queen's Court se disperse peu à peu.

Son regard se porte au delà du porche, vers les rues pavées de la ville qui descendent vers la rivière.
Je l'entends souffler.

"Elle est venue, je ne l'aurais pas cru. Qu'est ce que tu voulais que je fasse? J'habitais chez mes parents, on pouvait pas aller à l'hôtel. Alors, je l'ai cachée dans un appartement du Guéliz.."
"Et tu retournais la voir en douce dans la journée, à la pause-déjeuner.. et puis aussi le soir...tu te tirais par le porte de derrière."
"Non par la terrasse."


Par la terrasse, oui. Tu ne te changeais même pas, tu as porté le même pull à rayures et le même jeans pendant trois jours."
" La mémoire te revient donc. A ton âge, on n'est pas amnésique?"
"Et au tien, petit con, on est quoi? Quel âge as-tu donc maintenant?"
"Quatre ans de plus, trente ans...tu te souviens maintenant?

Nous marchons désormais dans les rues, vers la rivière Leith. L'humidité poisse l'atmosphère, il fait froid. Ses pas se font plus légers, sa présence se dissout par instant à mes côtés.


Oui, maintenant je me souviens, les trois nuits qu'elle a passées avec toi, et les quatre jours à t'attendre dans cette chambre du Gueliz. Elle regardait la télé toute la journée, les clips avec les belly danseuses de la télé turque, leurs paillettes et leurs perles. Vous êtes allé danser vous aussi au Comptoir Paris-Marrakech. Il y avait une chanteuse libanaise, en rouge étincelant, elle chantait aux tables du restaurant, des airs pleins de habibis et de hayatis. Le prix des consommations, 80 dirhams, t'avait fait dresser les cheveux sur la tête. Le lendemain soir, de toutes façons, dans un club beaucoup plus cheap, où les tabourets zébrés en poils synthétiques avait remplacé les kilims, on avait refusé de te servir de l'alcool car c'était le Nouvel An marocain. Elle avait payé son verre, d'ailleurs, un mojito quasi halal, avec beaucoup de menthe, de sucre et très peu de rhum. Elle s'était étonnée d'y voir des filles, très jeunes, très minces dans leurs jeans, presque des lycéennes. Elle te les avait désignées du doigt et tu avais répondu, méprisant, que les putes c'était pas ton truc. Vous aviez dansé sur "Maldon'" des Zouk Machine. Il y avait un autre couple, des jeunes, des français, elle les a retrouvés dans l'avion le lendemain, elle ne savait pas qu'elle ne te reverrait plus.


Qu'est ce que j'en savais qu'elle prendrait tout ça au sérieux? Comment peut-on débarquer, comme ça dans la vie des gens? Moi, je voulais pas rester au Maroc. Enfin, pas comme ça, sans boulot, sans rien. J'ai pensé à un moment l'épouser puisqu'il n'y avait pas d'autre moyen de s'en aller. Je lui disais "Epouse-moi. Donne-moi une fille qui te ressemble.". Mais, il y avait l'autre, l'anglaise, je l'ai connue bien avant. C'est avec elle que je me suis mariée. . C'est là que je suis maintenant, ici, il pleut tous les jours, j'ai quitté l'anglaise après lui avoir fait un enfant.  Je bois le samedi soir au pub, je grossis et je regarde la pluie tomber. Qu'est ce qu'elle est devenue, tu le sais?


Rien, elle n'est rien devenue. Un jour, j'ai fermé le fichier Word qui portait ton nom et elle a disparu. C'est ton tour ce soir, tu as quelque chose à dire avant?

Nous arrivons au bord du fleuve. Les quais sont éclairés, il flotte un parfum de vacances et de paix, des étudiants, cheveux longs, chemise ouverte, jouent de la guitare.

Je voulais dire que ce n'était pas ma faute.

"Oui, je sais, c'est la mienne. Désolée pour vous deux." dis-je, avant de le pousser à l'eau.





vendredi, mai 04, 2012

Scène de la vie conjugale (ou pas)




Marseille, un soir de mai...
Antoine, la cinquantaine flamboyante, BHL style, est féru de littérature, d'opéra et de séries TV haut de gamme. Adeline, 35 ans, aime les sandales compensées et le vernis à ongles jaunes.
Antoine a séduit Adeline après trois semaines d'approche, toute en French Touch, très classe. S'en sont suivis quelques jours de frénésie sexuelle bien compréhensibles. Mais ce soir-là, après avoir apprécié le lyrisme de Don Juan en DVD, l'atmosphère se charge un peu de nuages.


« Bon allez, on va un peu changer de Don Juan, hein Toinou! On va sortir un peu, ailleurs. »

Elle avait raison dans un sens, les murs du salon semblaient s'être rapprochés. Le plafond lui-même était sur le point de leur tomber sur la tête.

« Don Juan, tu parles, bonjour le pansement! Tu ne veux jamais sortir, toujours enfermé avec tes bouquins et tes DVDs! En plus, t'as même pas un vrai film là-dedans! Jean-Louis Godard, non mais vraiment, y a que toi pour regarder des trucs pareils! Viens, ma copine Natacha fête son anniv à « la Casca. » On va y aller, moi je craque! »

Antoine pensait confusément qu'il n'avait aucune envie d'aller à cet anniversaire et surtout pas de prendre sa voiture pour aller en ville. Et puis, elle exagérait, avec l'âge, ses goûts étaient beaucoup plus mainstream. Il songeait avec envie à la saison sept de Desperate Housewives qu'il avait téléchargée de façon totalement illégale et qui dormait dans son hard disk préféré.

Mais, il n'était pas question de s'opposer à Adeline, il fallut donc céder. Il hésita un instant, faillit lui dire dire d'y aller toute seule puis se ressaisit, à l'idée qu'elle se fasse draguer de façon éhontée par un jeune con aux dents longues et à l'haleine fraiche.

C'était samedi soir donc, Antoine sortit sa voiture du garage. En Marseillais averti, il n'envisagea pas un seul instant d'utiliser les transports en commun, qui desservaient pourtant le centre-ville jusqu'à une heure du matin. Personne de sa connaissance ne semblait encore avoir osé les emprunter dans ces circonstances.

La jeune Sonia, qui ne brillait guère par son originalité, avait choisi de fêter son anniversaire au restaurant "La  Casca", dont les spécialités de tapas faisaient les délices des trentenaires boboisants. Ce lieu était idéalement situé à une centaine de mètres de la place Jean Jaurès, plus connue sous le nom de la Plaine, où il gara sa voiture non sans mal. Il négligea le parking du Cours Julien, horriblement cher et recelant des spécimens de cafards d'une taille peu commune en Europe. Il renonça également à celui situé sous la Plaine, désertés par les êtres humains et qui réveillait en lui des cauchemars claustrophobiques. De très aimables dealers les suivirent de leur yeux rouges, tandis qu'ils enfilaient la Rue Ferrari en se faufilant entre les crottes de chien et les poubelles débordantes. Le trottoir était trop étroit pour leur permettre de se tenir côte à côte et Antoine se vit contraint de trottiner derrière Adeline qui marchait à grands pas en pérorant sur le célibat persistant de Sonia à plus de 35 ans.

"Pas étonnant, d'ailleurs, avec cet espèce de vieux toujours pendu à ses basques..."

Antoine sursauta

"Quel vieux?"

"Ce vieux, là, Bigorneau, quel con ce mec! Lâchera jamais sa femme. L'a perdu sa baraque à Veleaux pour le premier divorce, lâchera jamais celle de Ventabren pour le deuxième!"

Antoine tint sa langue, Adeline poursuivit.

"Et puis quel obsédé! Il passe son temps à la coincer dans son bureau. Il arrive pour un oui pour un non, avec des dossiers bidons pleins les bras, elle a juste le temps de tirer le loquet et houp! sur la moquette. Sur le bureau, elle veut pas hein, elle a peur de flinguer l'ordi, mais lui tu parles çà l'excite, l'autre. C'est DSK à la sortie de la douche ce mec!.Vraiment ces types mariés, c'est rien que des lâches et des obsédés. Moi, ces gens qui pensent qu'au cul, çà me sidère."

Antoine sentit une sourde migraine lui vriller les tempes, il regrettait amèrement sa soirée disque dur mais il était trop tard, la porte de "la Casca" leur faisait face. La mise élégante du physionomiste contrastait avec les trottoirs poisseux et les relents de graillon, échappés d'une bouche invisible.

"Vous avez une réservation? " jeta-t-il dédaigneusement.

Antoine faillit lui répondre qu'on n'était ni à New York, ni à Paris, que sa gargotte délivrait des tapas douteux et du vin de cubi pour une addition moyenne de trente cinq euros . Il songea vaguement à appeler l'hygiène le lendemain puis se résolut à boire le calice jusqu'à la lie. Ils franchirent donc le rideau rouge et s'imprégnèrent de l'atmosphère travaillée sur le mode empathique. Fauteuils clubs aux accoudoirs de cuir usé, tables bancales, kilims, chandeliers et bougies à profusion les attendaient. La dernière pensée consciente d'Antoine fut qu'il se trouvait dans l'antichambre de l'enfer...



Merci a André de m'avoir prêté ses personnages.