mardi, mai 08, 2012

Rendez-vous à Queen's Court.






Une gare du nord de l'Angleterre, un soir d'été.
Du monde, beaucoup de monde, le quai est long. A la sortie, il faut remettre son billet dans la machine.

Un garçon brun m'a hélée, pas très grand-pantalon beige, veste indistincte qu'il a du mal à fermer. .

Je passe directement sans le regarder dans les yeux. J'emprunte un tunnel pour sortir de la gare. Briques rouges, carreaux blancs.

Il est tard, bien plus tard que vingt heures.

Subway vide, flickering light, lumière tremblotante du néon. Ne suis pas seule, je le sens, une étrange mélodie émerge dans ma tête.

Midnight in the subway
She's on her way home
She tries hard not to run
But she feels she's not  alone.


Si tu le fais, n'aies pas peur.

Echoes of footsteps follow close behind

Des pas font écho, juste derrière moi.

But she dares not turn around.

Je n'ose pas me retourner. Pourtant, je sens un souffle dans mon cou. Puis un murmure : "Tu me reconnais?"
Je réponds "Non." et je sais que je mens. Si je me retournais, je sais très bien ce que je verrai. Des yeux noirs en amande, un sourire et des dents blanches.

Je ferme les yeux et je pars en courant droit devant moi. Je sors de la gare et je me rue au hasard. Je croise des filles-miniskirts paillettées, stilettos , tee shirts hen's night party -des hommes en cravates, des familles entières du grand-père à la petite fille, également tatoués, édentés, abreuvés, attablés aux beer gardens des pubs.
Je m'engouffre dans une cour pavée. Sous le porche, des travestis en boa, des garçons- shorts en jeans moulants, doc marten's , des chicks sorties tout droit de "the L Word"-bracelet de force et débardeur Calvin Klein. Tout le monde fume, tout le monde boit : des pints, des shots, des bottled beer, des premix teintés de bleu et de rose. On commande les drinks par trois ou quatre pour éviter la queue monstrueuse au comptoir. Au dessus de ma tête des guirlandes d'ampoules colorées, accrochées aux balcons de ce qui a du être une rue commerçante du Leeds au début du dix-neuvième . Des gens s'y trémoussent et y trébuchent, de la musique électro s'échappe des bars aux noms très vingt et unième : Fibre, the Loft, the Pink Pounder.

Les basses m'envahissent, me prennent aux tripes et me retournent, le visage écrasé au ciel.


Universe is full of stars
Nothing out there looks the same
You're the one that I've been waiting for
I don't even know your name

Des bulles, des confettis et des ballons. La nuit au dessus, les étoiles, c'est l'été, peut-être même le solstice, il fait presque chaud. Je ne sais pas où me tenir où plutôt je tiens toute seule, écrasée, compressée, bousculée, les pieds mouillés par les verres qu'on renverse. A terre des flyers réduits à l'état de bouillie sur les pavés annoncent : "Drinks £1 all night long".
Je me recule, encore pour me retrouver sous le porche de briques rouges. Le mur porte le nom du lieu où je me trouve « Queen's Court ».



Le souffle à nouveau sur ma nuque, je me retourne et il est là sans même que je l'ai vu ou entendu venir. Il s'est déplacé à la vitesse de la lumière comme un vampire de Mystic Falls. Il approche son visage du mien, je croise son regard, l'un de ses iris plus foncé que l'autre.

Je m'entends murmurer "Un oeil pour ton père, un oeil pour ta mère."
"La mémoire te revient, on dirait." c'est ce qu'il me répond.

"Tu m'as déjà dit çà?"
" Non, pas à toi."
"Alors, à qui?
"A elle, je lui ai dit à Elle, la fille de l'aéroport de Marrakech. Elle avait pris l'avion, elle était venue me rejoindre là-bas. Elle ne me connaissait pas, elle avait juste fait l'amour avec moi sur internet."

Les basses des musiques électroniques se sont calmées. Il est une heure du matin, c'est l'heure du chill out et de la musique lounge. La foule de Queen's Court se disperse peu à peu.

Son regard se porte au delà du porche, vers les rues pavées de la ville qui descendent vers la rivière.
Je l'entends souffler.

"Elle est venue, je ne l'aurais pas cru. Qu'est ce que tu voulais que je fasse? J'habitais chez mes parents, on pouvait pas aller à l'hôtel. Alors, je l'ai cachée dans un appartement du Guéliz.."
"Et tu retournais la voir en douce dans la journée, à la pause-déjeuner.. et puis aussi le soir...tu te tirais par le porte de derrière."
"Non par la terrasse."


Par la terrasse, oui. Tu ne te changeais même pas, tu as porté le même pull à rayures et le même jeans pendant trois jours."
" La mémoire te revient donc. A ton âge, on n'est pas amnésique?"
"Et au tien, petit con, on est quoi? Quel âge as-tu donc maintenant?"
"Quatre ans de plus, trente ans...tu te souviens maintenant?

Nous marchons désormais dans les rues, vers la rivière Leith. L'humidité poisse l'atmosphère, il fait froid. Ses pas se font plus légers, sa présence se dissout par instant à mes côtés.


Oui, maintenant je me souviens, les trois nuits qu'elle a passées avec toi, et les quatre jours à t'attendre dans cette chambre du Gueliz. Elle regardait la télé toute la journée, les clips avec les belly danseuses de la télé turque, leurs paillettes et leurs perles. Vous êtes allé danser vous aussi au Comptoir Paris-Marrakech. Il y avait une chanteuse libanaise, en rouge étincelant, elle chantait aux tables du restaurant, des airs pleins de habibis et de hayatis. Le prix des consommations, 80 dirhams, t'avait fait dresser les cheveux sur la tête. Le lendemain soir, de toutes façons, dans un club beaucoup plus cheap, où les tabourets zébrés en poils synthétiques avait remplacé les kilims, on avait refusé de te servir de l'alcool car c'était le Nouvel An marocain. Elle avait payé son verre, d'ailleurs, un mojito quasi halal, avec beaucoup de menthe, de sucre et très peu de rhum. Elle s'était étonnée d'y voir des filles, très jeunes, très minces dans leurs jeans, presque des lycéennes. Elle te les avait désignées du doigt et tu avais répondu, méprisant, que les putes c'était pas ton truc. Vous aviez dansé sur "Maldon'" des Zouk Machine. Il y avait un autre couple, des jeunes, des français, elle les a retrouvés dans l'avion le lendemain, elle ne savait pas qu'elle ne te reverrait plus.


Qu'est ce que j'en savais qu'elle prendrait tout ça au sérieux? Comment peut-on débarquer, comme ça dans la vie des gens? Moi, je voulais pas rester au Maroc. Enfin, pas comme ça, sans boulot, sans rien. J'ai pensé à un moment l'épouser puisqu'il n'y avait pas d'autre moyen de s'en aller. Je lui disais "Epouse-moi. Donne-moi une fille qui te ressemble.". Mais, il y avait l'autre, l'anglaise, je l'ai connue bien avant. C'est avec elle que je me suis mariée. . C'est là que je suis maintenant, ici, il pleut tous les jours, j'ai quitté l'anglaise après lui avoir fait un enfant.  Je bois le samedi soir au pub, je grossis et je regarde la pluie tomber. Qu'est ce qu'elle est devenue, tu le sais?


Rien, elle n'est rien devenue. Un jour, j'ai fermé le fichier Word qui portait ton nom et elle a disparu. C'est ton tour ce soir, tu as quelque chose à dire avant?

Nous arrivons au bord du fleuve. Les quais sont éclairés, il flotte un parfum de vacances et de paix, des étudiants, cheveux longs, chemise ouverte, jouent de la guitare.

Je voulais dire que ce n'était pas ma faute.

"Oui, je sais, c'est la mienne. Désolée pour vous deux." dis-je, avant de le pousser à l'eau.





vendredi, mai 04, 2012

Scène de la vie conjugale (ou pas)




Marseille, un soir de mai...
Antoine, la cinquantaine flamboyante, BHL style, est féru de littérature, d'opéra et de séries TV haut de gamme. Adeline, 35 ans, aime les sandales compensées et le vernis à ongles jaunes.
Antoine a séduit Adeline après trois semaines d'approche, toute en French Touch, très classe. S'en sont suivis quelques jours de frénésie sexuelle bien compréhensibles. Mais ce soir-là, après avoir apprécié le lyrisme de Don Juan en DVD, l'atmosphère se charge un peu de nuages.


« Bon allez, on va un peu changer de Don Juan, hein Toinou! On va sortir un peu, ailleurs. »

Elle avait raison dans un sens, les murs du salon semblaient s'être rapprochés. Le plafond lui-même était sur le point de leur tomber sur la tête.

« Don Juan, tu parles, bonjour le pansement! Tu ne veux jamais sortir, toujours enfermé avec tes bouquins et tes DVDs! En plus, t'as même pas un vrai film là-dedans! Jean-Louis Godard, non mais vraiment, y a que toi pour regarder des trucs pareils! Viens, ma copine Natacha fête son anniv à « la Casca. » On va y aller, moi je craque! »

Antoine pensait confusément qu'il n'avait aucune envie d'aller à cet anniversaire et surtout pas de prendre sa voiture pour aller en ville. Et puis, elle exagérait, avec l'âge, ses goûts étaient beaucoup plus mainstream. Il songeait avec envie à la saison sept de Desperate Housewives qu'il avait téléchargée de façon totalement illégale et qui dormait dans son hard disk préféré.

Mais, il n'était pas question de s'opposer à Adeline, il fallut donc céder. Il hésita un instant, faillit lui dire dire d'y aller toute seule puis se ressaisit, à l'idée qu'elle se fasse draguer de façon éhontée par un jeune con aux dents longues et à l'haleine fraiche.

C'était samedi soir donc, Antoine sortit sa voiture du garage. En Marseillais averti, il n'envisagea pas un seul instant d'utiliser les transports en commun, qui desservaient pourtant le centre-ville jusqu'à une heure du matin. Personne de sa connaissance ne semblait encore avoir osé les emprunter dans ces circonstances.

La jeune Sonia, qui ne brillait guère par son originalité, avait choisi de fêter son anniversaire au restaurant "La  Casca", dont les spécialités de tapas faisaient les délices des trentenaires boboisants. Ce lieu était idéalement situé à une centaine de mètres de la place Jean Jaurès, plus connue sous le nom de la Plaine, où il gara sa voiture non sans mal. Il négligea le parking du Cours Julien, horriblement cher et recelant des spécimens de cafards d'une taille peu commune en Europe. Il renonça également à celui situé sous la Plaine, désertés par les êtres humains et qui réveillait en lui des cauchemars claustrophobiques. De très aimables dealers les suivirent de leur yeux rouges, tandis qu'ils enfilaient la Rue Ferrari en se faufilant entre les crottes de chien et les poubelles débordantes. Le trottoir était trop étroit pour leur permettre de se tenir côte à côte et Antoine se vit contraint de trottiner derrière Adeline qui marchait à grands pas en pérorant sur le célibat persistant de Sonia à plus de 35 ans.

"Pas étonnant, d'ailleurs, avec cet espèce de vieux toujours pendu à ses basques..."

Antoine sursauta

"Quel vieux?"

"Ce vieux, là, Bigorneau, quel con ce mec! Lâchera jamais sa femme. L'a perdu sa baraque à Veleaux pour le premier divorce, lâchera jamais celle de Ventabren pour le deuxième!"

Antoine tint sa langue, Adeline poursuivit.

"Et puis quel obsédé! Il passe son temps à la coincer dans son bureau. Il arrive pour un oui pour un non, avec des dossiers bidons pleins les bras, elle a juste le temps de tirer le loquet et houp! sur la moquette. Sur le bureau, elle veut pas hein, elle a peur de flinguer l'ordi, mais lui tu parles çà l'excite, l'autre. C'est DSK à la sortie de la douche ce mec!.Vraiment ces types mariés, c'est rien que des lâches et des obsédés. Moi, ces gens qui pensent qu'au cul, çà me sidère."

Antoine sentit une sourde migraine lui vriller les tempes, il regrettait amèrement sa soirée disque dur mais il était trop tard, la porte de "la Casca" leur faisait face. La mise élégante du physionomiste contrastait avec les trottoirs poisseux et les relents de graillon, échappés d'une bouche invisible.

"Vous avez une réservation? " jeta-t-il dédaigneusement.

Antoine faillit lui répondre qu'on n'était ni à New York, ni à Paris, que sa gargotte délivrait des tapas douteux et du vin de cubi pour une addition moyenne de trente cinq euros . Il songea vaguement à appeler l'hygiène le lendemain puis se résolut à boire le calice jusqu'à la lie. Ils franchirent donc le rideau rouge et s'imprégnèrent de l'atmosphère travaillée sur le mode empathique. Fauteuils clubs aux accoudoirs de cuir usé, tables bancales, kilims, chandeliers et bougies à profusion les attendaient. La dernière pensée consciente d'Antoine fut qu'il se trouvait dans l'antichambre de l'enfer...



Merci a André de m'avoir prêté ses personnages.






vendredi, avril 27, 2012

Haute Fidélité?


Spécial dédicace à Msieu Blog, du name-dropping en veux-tu, en voilà.

Et n'oubliez pas HOT FIDELITE c'est ICI ET NULLE PART AILLEURS;


Haute fidélité?


Je fais de tout..un peu, parfois bien, parfois mal, mais jamais à fond, que ce soit dans un sens ou dans un autre. Je suis plutôt douée pour imiter, alors çà passe...j'imite l'accent des présentateurs BBC, la voix de Jeanne Moreau, je pique à ma soeur sa recette de moelleux au chocolat et à Brigitte Bardot, son chignon-bordel.
Je suis de taille moyenne, ni moche, ni belle. Ha oui, je suis aussi une "blonette", ni blonde, ni brune. Je suis "the girl next door", average est un bon adjectif pour me décrire, dans la moyenne.
Ni trop barrée, ni trop rangée. Je ne fais rien de mal mais rien de bien non plus.

Il y a quand même eu une activité constante dans ma vie, c'est la danse : toutes les danses d'ailleurs. Ce n'est peut être pas pour çà que je suis le plus douée, je suis gauche, j'ignore ma droite et je suis incapable de la moindre représentation dans l'espace. Si on teste mon QI, je pense que je suis entre l'huître et la mouche.
Toutes les danses à la mode furent donc par moi pratiquées, avec plus ou moins de bonheur. Mais c'est un fait, j'adore danser, j'adore la musique et puis surtout, surtout, j'adore les musiciens. Cà ne m'a pas toujours porté chance : un air entraînant Khaled ou Salif Keita au choix, un type aux yeux de braise ou d'océan au choix ( oui, je suis moyenne jusque dans mes métaphores), un mojito ou un daiquiri vanille, il ne m'en faut pas beaucoup, voilà je suis partie, je suis foutue.


Un exemple au hasard, enfin là, y avait pas encore de musicien mais c'était déjà gratiné. J'ai vingt ans, je débarque à Londres dans une YMCA où se mêlent des tas de gens. Là BAM!,je tombe sur ce grand irlandais sublime, Damien (prononcer Dei-mien). On l'aurait dit sorti tout droit de l'océan, d'Ys engloutie ou d'Avalon, il m'aurait qu'il s'appelait Galahad et qu'il était le fils de Vivianne, je l'aurais cru. Teint de lait piqueté de bleu, pull en bouclettes d'Aran. BAM! Il fonce vers moi, j'entends You're Unbelievable d'EMF craché par les hauts-parleurs du lounge. Et là, je suis raide-dingue, amoureuse voilà comme çà BAM! Et vous savez pourquoi? Parce que pour une fois, le type le plus craquant de l'assemblée, le hunk of the month, est pour moi! Plus tard, je me retrouve dans sa room ten thirteen, avec des O'Rourke, des O'brien et des O'Machins à fumer des joints. Ils m'exhibent avec fierté une rubber bullet, une de ces balles en caoutchouc que l'armée de sa Gracieuse Majesté tirait sur les manifestants nationalistes en Ulster. La taille de l'objet me fait tomber encore plus profondément amoureuse de lui, je le trouvais fort et courageux. Amoureuse dingue que j'étais, prête à aller m'enterrer à Cork avec lui, à élever des putains de moutons sous la flotte, et Dieu sait y flotte plus qu'à Londres dans son bled. J'étais même prête à brailler Ellis Island dans les pubs et à reprendre le refrain.

This is the last call for Ellis Island/ These are the last words I ever hear you say

"Voilà les derniers mots que je t'entendrais prononcer;" et bien les derniers mots ont été : Beat It, casse-toi pauvre conne, il m'a jetée ce son of a bitch, dès que de nouvelles françaises se sont pointées dans la YMCA,Don't leave me now l'ai je suplié, en écho à la chanson de Supertramp mais tu parles,  Nevermind the bollocks, OUT la Frenchie in the pouring rain, comme il se doit.


Bon, après çà, tu crois que la fille est guérie, qu'elle se dit "Bon, fini les conneries, écoute un peu ta mère et les bonnes gens, trouve-toi un gentil gars et arrête de courir après des blousons noirs, des voyous, des dealers, des homos refoulés et des révolutionnaires à la noix."

Les gens ont rien compris, c'est pas après les hommes que je cours, c'est cette foutue musique qui me met dedans a chaque fois.

Dix ans plus tard, je réalise que le modern-jazz, c'est plus vraiment de mon âge et que m'accrocher encore devient pathétique. Partout dans Marseile, ma dirty old town à moi, des flyers pour des cours de danse orientale. Ni une, ni deux, je me ruine en tenues à sequins qui se détachent au moindre pas de chameau et je me paye le stage en "Rêve d'Orient" à Marrakesh avec le grand Zaza Hassan. Au bout de deux jours, délestée de 1200 euros et lassée de me faire désigner par le Maître sous le nom de Meryem (sobriquet dont il affuble les 150 participantes au stage), je me réfugie au bar de la piscine. Après avoir commandé un thé à la menthe, je me prends à rêver à une journée de paresse dans les vapeurs du hammam et puis je le vois, LUI, négligemment accoudé. Boucles noires en astrakan véritable, yeux de fauve de l'Atlas en voie d'extinction, dents resplendissantes et haleine de réglisse Saveurs du Soir. Oeillade veloutée numéro 22 bis, je me retourne pour voir s'il n'y a pas Gisele Bundchen derrière moi. Négatif, je suis officiellement en train de me faire draguer. On danse sur un ersatz de David Guetta, remixé à la derbouka. Je lui hurle aux oreilles des questions qu'il ne comprend pas, hé bien, tant pis après tout, j'ai dix ans de plus, sa vie de péquenot de l'Ourika, je m'en tasse et pas qu'un peu. Je bois des mojitos sous-dosés, à croire qu'il faut être millionnaire (pas en dirhams) pour se biturer un minimum dans cette ville. J'en bois quand même assez pour me retrouver dans son lit. Remarque, j'ai pas regretté le voyage, oula, non, taillé comme un statue de la Grèce Antique qu'il était ( les Grecs ont envahi le Maroc non?), des abdos tout chocolat, des fesses comme des melons et une peau parfum caramel beurre salé s'il vous plaît. Et bien, je tombe dans le piège à gazelle, vous le croyez? Pourtant c'est pathétique de se taper le Géo local, qui pige walou en français, tout çà parce qu'on est seule et qu'on s'ennuie. On se jure de se revoir, je lui envoie deux mails auxquels il ne répond pas. Khlass, terminé.

Dix ans passent, vie normale de girl next door, peu de sexe, beaucoup de city et du boulot par dessus le brushing. La musique vient de temps en temps me gratouiller et me chatouiller. Je me mets à la danse africaine. Là je me dis, ouf pas de danger, les nanas sont des thons, il faut dire ce qui est, poil aux pattes et aux aisselles, et puis la salle de danse PUE la sueur au bout d'un quart d'heure, bienvenue au Carmel. Hé bin, vous savez quoi? Y a des MECS dans les cours. Oh c'est sûr, ils n'ont rien de bien folichon à première vue, portent des jeans pourris, des pulls informes et roulent de pitoyables clopes mais ce sont des Djembe Fola, ma bonne dame, des musiciens. Le djembé, c'est à la mode, vous tomberez toujours sur un couillon plein de ganja, qui tapote vaguement sur la plage en se croyant seul au monde mais en jouer vraiment, correctement, c'est une autre histoire. Pour faire danser, il s'agit de tenir la cadence et je vous garantis que çà chauffe dur dans la salle. Au début le Djembe Fola, arrive les doigts gourds, insensibles à force de taper. Il est habillé comme un vieux tas de chiffons sales et on le calcule même pas. Et puis petit à petit, il cale son jeu sur les pas des danseuses, il lance ses appels de plus en plus fort et il fait quarante-cinq degrés au mois de Janvier. Cà pue de plus en plus, chaque appel fait monter la sauce, le rythme vous chope le cerveau et vous vous barrez très loin. Et là, juste avant de décoller, vous jetez un oeil et le Djembe Fola a viré son pull de clodo et il est torse-nu! Alors là, accrochez-vous les filles, parce que c'est du lourd, des bras de Djembé Fola. C'est pas des bras de cake qui soulèvent de la fonte, non...quelle que soit la couleur du type, les muscles sont tout fins, gonflés juste ce qu'il faut avec des veines terribles...impossible de ne pas craquer. En plus, quand vient la fin du morceau, le summum c'est d'aller chauffer les percus en leur collant les fesses sous le nez. Plus les musicos augmentent la cadence, plus les fesses tremblent sous les pagnes, jusqu'au coup final, je vais pas vous faire un dessin sur l'étendue du symbole.
Je suppose que tout le monde a deviné, j'ai craqué pour le Djembe Fola aux cheveux poivre et sel et aux bras d'acier. Il avait la peau douce comme celle d'une fille et de vraies mains d'or, très douées pour les massages, d'ailleurs. Il avait juste un peu oublié de me dire qu'il était marié, ce con. Il m'a juré 20 fois de la quitter, au bout de la 21ème, c'est moi qui suis partie. Sur son mur Facebook, j'ai posté une chanson de Madonna

Please, don't say you're sorry.
I've heard it all before.
And I can take care of myself.


Madonna ou Lady Gaga, tiens j'irai danser à la Gay Pride, demain, aucun risque comme çà...quoique...je me souviens d'une fois...

mercredi, avril 25, 2012

Marseille, Bouche de Vieille.







Ballade vaguement inspirée par la chanson éponyme de Leda Atomica.


Résilles déchirées, la nuit fut agitée
Ce client mal rasé ne voulait pas payer.

Rues étroites
Passerelles de fer
Ouvrages improbables
Hérissés de barrières
Maisons vagues
Marches lisses
Odeurs de pisse
Attention, ça glisse!
Descends la rue Estelle
Mais oublie tes escarpins
Deux pieds, pas de freins,

Marseille...oh, bouche de vieille!
Et combien tu prends, chérie?
Trop cher pour toi, bébé,
Faut dégager!

Rue Saint  Ferréol
Méfi!
La cagole
Que tu croises
Peux te chercher des noises
« Pourquoi vous me regardez?
Je vous fais marrer? »
Rue d'Aubagne
En pantoufles
Pyjama a nounours
T'apostrophe la jeune Gitane.
Baisse les yeux,
Regarde tes pieds
Cageots, crottes de chien, oranges pourries.
Pizza rella-figatelli
Avalée chez Sauveur
Le lycée, tour à l'heure.
De temps en temps, une boutique branchée,
Ou un sauna gay,
Sex toys fluos en vitrine
Te fait croire que ta ville a changé
Mais Marseille a l'haleine chargée.


Marseille...Oh, bouche de vieille
Et combien tu prends, chérie?
Allez, zou va-t-en!
Interdit aux enfants!

samedi, avril 21, 2012

Dexter : I'm a father, a son and a serial killer




Une petite vidéo explicative du Code de Harry.



Un texte écrit lors des ateliers de la semaine noire à l'Alcazar, il y a un an. Autour du personnage de Dexter, justement.


"Ca me dépasse."

La nuit, la nuit de Floride, épaisse comme du sirop, nous enveloppait. Au dessus de nous, très haut dans le ciel flambaient les étoiles. Une lumière diffuse se répandait sur notre bateau, bercé par le chant des grillons et le croassement des crapauds.

Mon esprit se détacha alors de mon corps, et je me mis à survoler les everglades, rapide et léger comme une libellule. Je slalommai entre les grappes de roseaux, avant de plonger dans les eaux vaseuses de la mangrove. Je nageai un moment et malgré la visibilité réduite, je les aperçus. Ils étaient bien là, les cinq sacs poubelles noirs, proprement fermés et nettement alignés. Mon souffle se précipita alors et je m'emparai du plus petit d'entre eux. Je bataillai un moment avec le lien solide, tentant de l'arracher avec mes dents avant de l'éventrer avec mes ongles.

La tête était bien là, coupée net, bien proprement au ras de la mâchoire. La peau, parcheminée, semblait sur le point de se détacher comme du poulet frit. Le haut du crâne disparaissait sous une espèce de toque de pourriture, mousse et cheveux mêlés. Elle semblait avoir séjourné un long moment dans l'eau. Je la saisis alors et croisait le regard vitreux de Harry.

Je sursautai.

"J'ai peur" murmurai-je, sans en avoir vraiment conscience.
"Je sais, Dexter." répondit Harry bien vivant à mes côtés. " Tu as déjà eu envie de tuer d'autres êtres vivants, son, des humains par exemple?"
La tête tranchée et les orbites décolorées de Harry.
"No, Sir." mentis-je.
"C'est bien, son, c'est que le poison n'a pas encore fait son chemin dans ton esprit."

Mon esprit était alors concentré sur Oliver Logan, oui, cet imbécile qui ne cessait de m'interpeller dans les couloirs du collège. J'entendais sa voix résonner dans ma tête.

"Hey, Dex, you, freak! Y'know, you're a damn freak, fuckin' scary, man!"

Un red neck qui sortait avec une cheerleader encore plus idiote que lui, le genre blonde born again, officiellement réticente à toute relation charnelle hors mariage mais officieusement pratiquante de rapports anaux et buccaux dans le jacuzzi de ses parents.

J'ai pensé que ce serait bon de les avoir tous les deux sur une paillasse de dissection comme le crapaud du cours de biologie. Il serait intéressant de soustraire leurs extrémités une par une et d'observer leurs réactions, voir les nerfs bouger même sectionnés et peut être même leur coeur battre hors de la cage thoracique, comme celui d'un batracien.

C'est alors que je sentis mon sexe gonfler entre mes jambes. Mon visage s'empourpra et je détournai mes yeux de ceux inquisiteurs de Harry.

"Tu m'as rassuré, son, mais si jamais, tu avais une de ces pulsions, viens m'en parler. Il y a peut-être un moyen de les contrôler."
"Yes, Sir" dis-je.

Harry lança le moteur Evinrude du bateau.


lundi, avril 09, 2012

En plein dans l'Haiku
















Dois tu tuer tes chances pour voir que tu es une meurtriere ?

Au Preau des Accoules
Plus moche la vie

Dream the dream
Dirty old town

Au Panier maintenant
Ma tristesse pue la vie
Graffiti, incompris.
Du ciel, de l’eau
De la pierre et du fer
Le monde flotte comme une bille d acier
Plafond de verre
Aspirer l'air
Place de la Joliette
Un tatouage inachevé
La Bonne Mere sur un poignet

lundi, février 21, 2011

A Moment of Surrender : ateliers 2010/2011

 Photos by Séverine Gautier.
A Moment of Surrender

Marcher, suivre la rue, monter.
Eviter les crottes, les poubelles éventrées.
Frapper à la porter pour qu'on l'ouvre, écarter le rideau rouge, claquements de baisers sur les joues.
Gravir l'échelle, se faufiler entre les obstacles, se tortiller pour enfiler la robe.
Miroir blafard, rouge sur les lèvres de la fille en rouge.
L'échelle à nouveau, sens inverse, descendre.
Respirer, prendre de l'air, encore un peu.
Descendre...un peu plus profond à chaque respiration.
Agitation encore un peu, autour, puis le noir.
Fille en rouge dans le noir, voir les autres disparaître... les mains se joindre une dernière fois pour s'ignorer dans l'obscurité.
Descendre un peu plus profond encore, à la prochaine respiration, être sous l'eau.
Coeur ralenti, épiderme pétrifié, corps vitrifié.
Etrangère, autre, alien, la robe rouge prend vie.
Derniers frôlements dans l'obscurité, premiers pas dans la lumière.
Le sol sous les pieds, ressenti, l'espace devant soi, la chaise, là-bas, l'atteindre.
Lever les yeux, les affronter : les présents, les absents surtout, ceux qui vous regardent, vous scrutent, vous aiment, vous réchauffent contre leur sein pour mieux vous écraser.
Retenir, brider encore un peu l'animal furieux qui s'agite sous les côtes, puis le lâcher tout à coup.

Je mentais...JE MENTAIS !

Je vous emmerde tous, mon père, ma mère et toute la sainte famille. Et puis je t'emmerde surtout Toi là haut, qui m'observe depuis ta cachette. Tu voulais me voir, et bien vas-y, be my guest, fais-toi plaisir mon vieux. Regarde le mépris, entends la colère...

La colère n'est pas aussi rouge que la robe, elle est veinée de bleue, striée de noir. Elle prend les tripes, elle colle au corps comme une mauvaise sueur. Ne pas se laisser happer par elle, se maintenir en équilibre, encore un peu.



Je mentais, je ne vous aimais plus.

Je vous emmerde tous, jusqu'au dernier même si cela épuise, même si cela tue, même si la robe rouge reste suspendue dans le vide.


Laisser aller, émotion, désespoir.
Finir, très vite, sortir de la lumière, rejoindre la boîte noire et laisser la place.
Rendre les armes et tomber à genoux.

At this moment of surrender, I folded on my knees.

Rideau, porte, sortir. Aspirer l'air par la bouche.
Claquements de baisers sur les joues.
Sourire sans conviction.
Décliner les invitations, suivre la rue, descendre.
Eviter crottes et poubelles.
Photos by Séverine Gautier
Compter les minutes avant que la douleur ne s'efface.
Photos by Séverine Gautier
Ne pas voir les passants, qui eux non plus, ne vous voient pas.

dimanche, février 20, 2011

L'homme Pressé Atelier 2010 2011

Je continue la publication de mes textes rédigés en Atelier. Ecrire sans musique est impensable pour moi, j'intègre donc une petite soundtrack à écouter de préférence, en lisant.

Consigne : intégrer à son texte une ou plusieurs phrases assassines.


L'homme pressé.

Votre contact est désormais hors-ligne...

Hors-ligne...mais comment faire justement pour rester en ligne?? Garder le fil, la connexion, avec ce contact, mon contact, matérialisé par une icône sur l'écran de mon ordinateur. J'attendais vainement le changement de couleur de celle-ci, qui indiquerait qu'il serait enfin connecté, disponible, enfin EN LIGNE après toutes ces heures de veille.

Mais il avait toujours autre chose à faire, toujours des amis à aller voir, on l'appelait là, tout de suite, il fallait qu'il y aille. Non, il ne pouvait pas rester une minute de plus et non il ne pourrait pas se connecter demain soir ni m'appeler non plus...

Votre correspondant ne peut être joint. Veuillez rappeler ultérieurement.

Rappeler, je ne faisais que çà tous les quarts d'heure. Et pourquoi? Pour entendre son silence gêné, pour l'imaginer chercher des prétextes, des échappatoires et raccrocher, enfin, plus vite encore que précédemment.
Il y avait bien longtemps qu'il avait cessé de me dire "Je t'aime, viens je t'attends. Dépêche-toi, je meurs de te découvrir enfin, hayati." Je scrutais mon écran, à la recherche d'une ultime étincelle dans ses yeux, de l'esquisse d'un sourire qui découvrirait à nouveau ses dents blanches de croqueur de gazelles.
Mais rien... il ne me présentait plus qu'un masque plus sombre qu'une nuit de novembre. Sa voix avait perdu ses intonations caressantes, son accent, chaque jour un peu plus prononcé, prenait désormais une couleur métallique, quasi-germanique. Il finissait par ne plus comprendre le français ou peut être le prétendait-il, me forçant à communiquer mon désarroi en anglais.

What do you want from me? You're driving me insane, stop being so cruel. Are you listening to me? Are you fucking listening to me? Don't you dare hanging up on me, you son of a bitch!

Mais évidemment, ma fureur ne rencontrait plus alors que le vide, le vide d'une tonalité exaspérante, d'une ligne coupée, le vide du monde virtuel où nous nous étions par hasard croisés.

Il y avait longtemps que je ne dormais, ni ne mangeais. Mon miroir me renvoyait l'image d'une fille désemparée, délestée de l'armure de ses kilos en trop, creusée par les nuits sans sommeil et les repas à peine avalés.

Je voulais, je LE voulais tellement, plus que tout au monde, pourquoi, au nom de quoi est-ce que çà ne pouvait pas marcher? Je n'arrivais pas à concevoir que je ne pourrais jamais posséder ce seul et unique objet, cet homme vers lequel tout mon être tendait, que j'aimais pour la beauté du geste, moi, qui avait tout obtenu sans jamais rien demander jusqu'alors.

Une petite fille maigre, avide, refaisant surface après toutes ces années, le voulait pour elle, à elle, elle voulait l'annexer, l'enfermer à double tour pour qu'il ne puisse plus la fuir. Son coeur faisait des bonds d'animal furieux lorsqu'on lui disait que ce n'était pas possible, qu'il fallait être raisonnable. Elle me rongeait, elle aussi, je n'arrivais plus à la contenir, à la faire taire, cesser ses cris. Il n'y avait pas d'autre issue, il fallait que cela soit, sa volonté à elle ou ma volonté, peu importe.

Et pourtant... Un jour dans la boîte, l'email tant redouté. Quelques lignes...


Don't come. If you come anyway, I won't answer the phone. I'm away for the week end. I have no feelings for you. Just stay where you are.

Quelques lignes, jetées à la hâte, des caractères manquants ici et là, pas de signature.
Et moi aussi, jetée, comme de la vaisselle en papier après une fête, quand tout le monde est parti et qu'on est fatigué, jetée dans un sac poubelle noir et opaque avec un lien solide pour fermer.

Quelques mots dictés par le coeur sec d'un homme pressé...

mercredi, août 11, 2010

Sexe et Cité Phocéenne.


Atelier de Juin, les enfants... Sujet imposé, écrire une lettre imaginaire dans laquelle sera glissé un billet de dix euros...huhuhu...l'heure de la vengeance a sonné!!!


Cher Monsieur Bigorneau,
Voilà quelques mois, nous liâmes connaissance. Tout de suite, votre pouvoir de séduction a fait effet sur moi. Vous incarniez le charme de l'homme du Sud qui sait son affaire, avec vos tempes grisonnantes, votre bagou et votre veste en cuir négligemment enroulée autour de votre bras vigoureux. Il faisait grand-soleil ce jour-là, vous m'avez invitée à déguster un plateau d'oursins, sur le port de Carry-le Rouet, je buvais vos paroles ainsi que le vin blanc de la carafe fournie avec le menu.
Bien sûr, vous avez tout de suite eu la prévenance de m'informer que vous étiez marié, à une femme hélas gravement malade. Notre attirance, quoique platonique, s'en trouva renforcée.
Quelques jours plus tard, nous nous sommes retrouvés Chez Péron sur la Corniche. Vous aviez passé commande d'une bouillabaisse succulente et d'une bouteille de Cassis Blanc du Domaine de la Ferme Blanche millésimée 2000. Le coucher de soleil était magnifique et les pendants d'oreilles que vous m'aviez offerts absolument ravissants. Mais ce jour-là, je mis toute mon énergie à refuser vos avances, vous rappelant que l'amitié entre un homme et une femme était un bijou sans prix. A ce moment , vous m'avez gratifiée du plus savant et du plus passionné des baisers qu'il m'ait jamais été donné de recevoir.
Le lendemain matin nous partagions le petit-déjeuner sur la terrasse dévorée de lumière du Concorde Palm Beach, après y avoir passé notre première nuit ensemble. Vous aviez commandé un grand crème et j'y trempais mon croissant avec délice. Puis ce fut notre premier week-end, à l'Auberge de la Beaugravière dans la Drôme Provençale, vous avez prétexté une réunion régionale et éteint votre téléphone portable. On nous servit un menu exclusivement à base de truffes du pays et arrosé d'un Châteauneuf du Pape Blanc Vieux Télégraphe 2003. A ce moment-là, mon bonheur était presque parfait, vous étiez certes toujours marié et bien sûr dans l'impossibilité de quitter votre femme mourante, mais vous ne m'offriez que le meilleur et je vous en étais reconnaissante.C'est pour çà que j'ai très peu apprécié, espèce d'immonde salaud adultère, que lors de notre dernière rencontre vous demandiez à l'employée du Mac Donald's de Sainte Marthe si les menus à deux euros quatre-vingt dix étaient toujours disponibles. Certes votre épouse, en très bonne santé quoique enceinte de jumeaux, avait tout découvert, certes tout était fini entre nous mais ce n'était pas une raison. J'inclus dans cette lettre un billet de dix euros afin de vous dédommager de ce menu "Royal de Luxe", comme le prétend la publicité, et qui vous permettra de prélever, en outre, votre pourboire. J'ajoute que le dit pourboire me paraît disproportionné et sans rapport avec vos piètres performances sexuelles, le chiffre dix évoquant pour moi la taille en centimètres de votre pénis en érection multiplié par deux.
Bien à vous,
Caro Bradechi.

vendredi, avril 23, 2010

Analphabête

Texte Atelier de Mars : consigne indescriptible, en gros donner ses impressions à partir de l'écoute d'un Adagio de Barber. Bon moi je vous mets Bruce Springsteen à la place, chacun sa came...


Je ne connais pas la musique. Enfant, gamine, j'ai tapoté du piano, comme tout le monde, chez une Mme Luniewski dont le chien berger me mordillait les pieds. J'ai toujours eu très peur des chiens comme j'ai toujours eu peur du noir et des arbres agités par le vent lorsque tombe le soir. J'ai bien vite abandonné le piano, je me souviens, ma dernière leçon de solfège s'intitulait "Armure d'une gamme en dièse", soulignée en rouge et bleu. Mon professeur utilisait un de ces crayons bicolore au trait gras et épais. Je n'avais, n'ai toujours aucune idée de ce que c'est que l'armure d'une gamme, je ne comprenais pas, je n'ai toujours pas compris.
Je ne connais pas la musique, en tout cas je ne sais pas la lire, tout juste la chanter dans ma salle de bain ou dans ma salle de classe, c'est selon. Pourtant, je me souviens de ce prof de fac à la chevelure inculte qui nous disait "Tout art aspire à la condition de musique" et de nous citer en exemple, non sans ironie, un tableau de James Whistler Symphonie en blanc numéro un. Une fille blanche habillée de blanc sur un fond blanc, sponsorisée par Danone Nature, concluait-il, sûr de se tailler un beau succès auprès d'un auditoire conquis d'avance. Mais pas de titre, pas de sujet, juste un nom de partition, pour toucher le spectateur sans autre vecteur que celui de l'émotion.
Je ne connais pas la musique mais la musique me connaît. J'étais enfant alors, plus petite encore, avant les leçons de piano et de solfège. J'avais un de ces mange-disques orange tout à fait d'époque où je faisais jouer mes quarante-cinq tours préférés, des contes classiques dit par Claude Dauphin, François Périer et Christiane Minazzoli, je me souviens. Mon préféré était celui du Vilain Petit Canard dont je me sentais si proche, parce que trop petite, trop maigre, trop dans mes rêves et très maladroite déjà. Le Vilain Petit Canard, abandonné des siens, ne cessait de nager pour empêcher la glace de se former autour de lui sur l'air du Lac des Cygnes. Sur le final majestueux où les cuivres se joignent aux cordes, le Petit Canard voulait en finir et s'offrait en victime expiatoire à un groupe de cygnes blancs et évidemment, ces derniers l'accueillaient, le rassuraient, parce que c'était fini, il était devenu l'un des leurs, tout blanc d'une éblouissante beauté et à ce moment-là j'éclatais en sanglots. C'était le pathos de la musique, j'étais petite, c'était compréhensible, je ne connaissais pas le ballet, je pensais juste que c'était une histoire triste à mourir de petit canard rejeté par sa maman et je pleurais, pleurais sans m'arrêter.
Je ne connaissais toujours pas la musique non, j'étais bien plus âgée, bien plus forte, un corps de femme et une armure digne d'une gamme en dièse. J'avais ce corps dont je ne savais que faire, ces seins impossibles, impossibles à cacher, alors autant les montrer, autant les montrer et les imposer à tout le monde, mettre les décolletés les plus pigeonnants possible, autant passer pour la fille aux gros seins puisque manifestement j'étais, je suis toujours la fille aux gros seins.
Mes seins me précédaient donc partout où j'allais mais je m'étais habituée, j'avais presque vingt ans maintenant. La musique me prit à nouveau par surprise à ce moment-là, oui à ce moment précis, je me souviens de ce choc lorsque j'ai vu les doigts frêles d'une femme corsetée, émergeant de mitaines noires, courir sur l'ivoire des touches d'un piano abandonné sur une plage. Jamais un film ne m'a secouée autant que celui-là, une femme corsetée, prise dans l'entrelacs d'une forêt hostile et boueuse, d'une micro-société patriarcale où elle n'avait que le droit de lisser sa coiffure et rabattre ses jupons sur ses chevilles. La musique d' Ada, le personnage principal, explosait à la face de ce monde hypocrite, elle explosait, je redis le mot car il n’ y en a pas d'autres, en sensualité et en érotisme, d'ailleurs, j'ai retrouvé le nom du fameux thème musical The heart asks pleasure first, le coeur demande d'abord du plaisir, le coeur est un organe de feu pour citer Ralph Fiennes dans The English Patient. J'étais là, dans cette salle de cinéma, bouleversée par le personnage de Baines, interprété par l'immense Harvey Keitel, colosse au coeur d'artichaut, je dis ça mais c'est pour faire de l'ironie, Keitel me faisait pleurer autant que le Vilain petit canard lorsque nu et magnifique, il essuyait le piano de sa chemise. Je n'avais pas conscience que la réalisatrice satisfaisait le besoin de voyeurisme de son public féminin en le transformant, lui le macho des Scorsese et autre Abel Ferrara en objet sexuel. Non, qui a besoin de théoriser ça, faut-il être vraiment normal pour se poser la question? Baines était là nu et émouvant, bouleversé par la musique tel Swann dans le Salon des Verdurin "il avait pu éprouver une impression aussi confuse, une de ces impressions qui sont peut être pourtant les seules purement musicales(...) irréductibles à tout ordre d'impression.", lui l'analphabète, la page blanche, sur laquelle les phrases musicales d'Ada s'inscrivaient.
Cette musique, je ne la connais toujours pas, les années m'ont rendue plus cynique, plus ironique aussi, je me méfie de moi, même si mon armure de gamme en dièse est tombée par morceaux, lorsqu'elle ne servait plus. J'ai pris des claques artistiques et je m'en suis relevée, plus vite en tout cas que des claques amoureuses. Si la musique a provoqué, provoque encore des voluptés particulières, il suffit de surfer sur la vague numérique tard le soir pour revivre ces émotions presque instantanément comme si je pressais un bouton quelque part dans mon cerveau englué par le quotidien. Mon cynisme, -toutes les chansons racontent la même histoire, Unchain my heart, set me free, Mme Butterfly aurait dû faire un bras d'honneur à Pinkerton- disparaît comme par enchantement, et je pleure encore comme une Marianne James à la Nouvelle Star. C'était il y a quelques années, plus question d'enfance ni de sensualité en fleur, mon physique qui supportait, supporte toujours mal le second degré commençait à virer doucement à celui d'une matrone italienne, ce que je suis par atavisme. Je découvrais le poème "El Atlal", les ruines chanté par Oum Kalthoum. Cette chanson, ces mots que je ne comprenais pas, satisfaisaient mon besoin d'Orient de pacotille, celui des ryads, des moucharabiehs et des thés à la menthe que je connaissais si peu. J'ai lu Tahar Ben Jelloun, Isabelle Eberhardt, Alaa-al-Aswani, pour m'en approcher, toujours avec El Atlal dans la tête. La traduction, je l'ai cherchée plus tard et effectivement c'est toujours la même histoire. Le coeur est un chasseur solitaire, l'amour n'est, n'était qu'un mirage, servons-nous à boire en souvenir de ces ruines qui donnent le titre à la chanson. J'ai pleuré plus encore que toutes les autres fois, je pense que j'étais Dora Maar, la Niagara de Julien Clerc et Alice réunies en une seule personne, mes pleurs auraient pu noyer une famille entière mais j'ai surnagé, grandi, rapetissé et regrossi pour être là aujourd'hui.
Et maintenant?
Il y a deux jours, je surfais sur cette vague numérique, et j'ai ramassé comme un bout de bois flotté, cet air, ces paroles arrachées à la gorge de Bruce Springsteen, logées sous le bouton un peu déglingué du juke-box qui me sert de mémoire. Alors puisqu'il faut bien finir, autant finir sur ces mots-là.

"Come on baby and dry your eyes
Come on darling and dry your eyes
Come on darling and dry your eyes
Come on dream on, dream baby dream"

jeudi, février 18, 2010

Soir de curée.





Soir de Curée.

Le Provençal et le Méridional ont annoncé l'événement des jours à l'avance. Ils se sont mis au diapason des journaux télévisés d'Antenne 2 et de TF1. FR3 y a même consacré son édition régionale. Partout, partout, dans la douce Provence, les voilà qui avancent. On s'inquiète de l'émergence de cette nouvelle génération. Ils ont pour point commun de détester le soleil, la mer et leur région natale. Parlez-leur plutôt du son de la pluie contre les vitres en plastiques d'un pub sinistre de la ville prolétaire de Crawley, au Sud Ouest de Londres. Rien ne les rattache plus à la bonne ville de Marseille, à ses mouettes, à ses bonnes dames à l'accent chantant qui vendent du poisson sur le Vieux Port, mets de choix pour les télés nationales (les bonnes dames, pas le poisson).

En cet an de grâce 1987, qui sont donc ces hordes de désespérés? Qui sont-ils donc, reconnaissables entre mille à leurs cheveux crêpés, maintenus en l'air par de l'eau sucrée ou par les premières mousses coiffantes de Mme L'Oréal, à leurs ongles vernis de noir et à leur teint, ô combien  artificiellement pâle?  Qui sont-ils, eux qui repoussent avec dégoût leur assiette de pieds-paquets au désespoir de leur grand-mère?

On a tout dit ou presque sur ces hordes d'ados qui pratiquent des tentatives de suicide journalières, certaines juste annoncées, d'autres plus abouties, qui les conduisent parfois à avaler le contenu de  deux boîtes d'Euphytose arrosé de coca à l'aspirine. Mais regardez-les ce soir dans l'arène, clignant des yeux sous le resplendissant soleil de juillet, attendant le crépuscule avec passion. Regardez cette jeune fille, sa mère la supplie de s'acheter des vêtements neufs mais elle ne quitte plus son imper gabardine acheté cinquante francs à la fripe du coin. Sa voisine refuse catégoriquement de se débarrasser de son sac US effrangé couvert d'inscriptions mystérieuses : Seventeen Seconds, Faith, Pornography . Elle le serre contre elle comme s'il possédait des pouvoirs magiques. Et regardez-le lui, ce grand garçon dégingandé au pantalon si serré qu'on le croirait enfilé à l'aide d'un chausse-pied : il ne  quitte pas son peigne à moustache. Il raconte que ce peigne lui a été confié par un punk, qui l'avait trouvé dans la chambre d'hôtel de Sid Vicious, bassiste maudit et drogué jusqu'à la moëlle des Sex Pistols,  le soir où il a poignardé sa compagne Nancy Spungen. Mais il n'en est rien, ce peigne qui lui sert à crêper cette longue mèche noire  sous laquelle brille un oeil sombre souligné de khôl, ce peigne lui a été offert par sa tante Francine, qui tient la confiserie du Lycée Michelet et lui remplissait les poches de berlingots lorsqu'il était petit. Qu'importe, il continue de ne pas sourire mystérieusement, tandis que de la poche de sa chemise à damiers s'échappe la queue d'une souris également bicolore qu'il cache la nuit dans un des tiroirs de son bureau. Il n'ose avouer à ses parents qu'elle a mangé la couverture de son dictionnaire d'espagnol. Tous ont très peu de contacts entre eux, ils attendent debout épaule contre épaule, tétant parfois d'un air absent le même mégot qui passe d'une main aux ongles noirs à une autre ornée d'une bague à tête de mort.
 
Et puis soudain, une rumeur. "Il" est là, celui qui inspire toute cette génération de l'angoisse, cette "Angst generation", telle qu'on la décrit Outre-Manche. Mais de ce côté-ci du channel, ces biens chers enfants ont été bercés par Maritie et Gilbert Carpentier : ils n'en peuvent plus d'avoir du subir les numéros un de Dalida et de Michel Sardou réunis, période pré-télécommande.
"Il" gratifie l'audience d'un "hello" à peine audible puis entame son morceau sans même lever les yeux des chaussures, oui je suis un shoe-gazer et je vous emmerde. La foule s'électrise alors, les paroles viennent aux lèvres des adeptes, des paroles en anglais, bien sûr, que la plupart ne comprennent pas mais que les plus addicts traduisent en s'usant les doigts sur leur Robert et Collins. Une traduction qui ne lève pas le voile sur la signification ces lyrics murmurées dans un micro asthmatique. Qui est donc cette mystérieuse Charlotte Quelquefois qui passe son temps  à pleurer les yeux grand ouverts dans le noir? En quel lieu se trouve cette forêt mystérieuse, où  le chanteur passe son temps à courir après rien encore et encore et encore et encore? Et quel traumatisme a-t-il donc vécu pour s'agenouiller, les yeux toujours rivés sur ses godasses, presque en pleurs et murmurer  rattrape-moi si je tombe, je perds prise, je ne peux pas continuer ainsi ?  Et de conclure  : I walked away alone with nothing left but faith, je partis seul  au loin, avec rien, rien que la foi.
 
Et c'est ce qu'ils font en cette belle soirée du mois de juillet 1987, ils regagnent leur chambre sur la porte de laquelle ils ont accroché un  sens interdit, qu'ils ferment au nez d'une grand-mère, qui mourra dans deux ans mais qui pour l'instant se contente de lever les yeux au ciel en se disant que ça va passer.

samedi, janvier 02, 2010

ben oui....


L'année s'est achevée sans trop de fards ni paillettes, faut que je re-glamoure ma vie, un peu. Cette vraie vie qui m'a bouffée, aspirée ces derniers temps. Je n'écris plus que dans l'urgence pourtant quand je le fais çà me procure énormément de plaisir. Sais pas, me manque sans doute quelques coups de pieds au tafanari, c'est clair...Enfin bon, pour renouer avec la tradition voilà la changaidoll de la nouvelle année. Qu'elle te soit douce, ô lecteur égaré dans la blogosphère, comme un tapis de fleurs de cerisier sous les pieds de la geisha aux zieux gris du film éponyme...
changabaisers parfumés..

lundi, décembre 28, 2009

Voeux non exaucés à ce jour....


Puisque la nouvelle année me cherche, tiens mange-toi çà, changaili strikes back.


Liste des voeux non exaucés à ce jour.


-Danser le moowalk sur la tête.

-Défiler pour Dolce and Gabbana en talons de

12 cm sans me ramasser comme Carrie Bradshaw.

-Rouler une pelle à Alain Delon jeune, le même que dans la pub Eau Sauvage.

-Jouer comme Adjani, sans être aussi dingue.

-Etre belle comme Bardot sans être aussi bête.

-Boire plus de deux verres de punch sans dire n'importe quoi.

-Avoir chanté pour Gainsbourg sans coucher avec.

-Savoir danser avec les danses de couples, type rock, salsa etc...

-Me TAIRE quand il le faut.

-Pouvoir me passer de soutif et mettre un marcel à la Jane B ...ou une chemis de sexy dyke.

La craie.


Post-back (hihihi) ou back to post, je recommence à publier ici et là, je ne désespère pas de me reloader un jour.

Voilà le résultat de mon atelier d'écriture de Novembre. Sujet : en gros, décrivez un objet du quotidien sur un mode ironique et/ou nostalgique. Croyez-le ou non mais j'en ai grave sué pour pondre ce poème qui n'en est pas un.

LA CRAIE.


Je hais la craie,
Au bout de mes doigts
Il y a toujours de la poussière collée.

A son contact, mes mains pèlent, se crevassent,
Quelquefois c'est avec mes fesses que j'efface
Involontairement le tableau,
Et ces traces blanches bien visibles,
A ma crédibilité sont nuisibles.

Dé-craie-débilisée, donc je suis.
Comme lorsque enfant, la maîtresse
Dessinait au tableau d'impeccables O,
d'une simple flexion du poignet.
Sur mon cahier je m'acharnais,
à respecter ces courbes splendides
que j'étais incapable de maîtriser.
C'est alors que la classe entière de moi se moquait
et que je rougissais entre mes tresses.
Alors la maîtresse, au parfum subtil,
me demandait de recommencer.


Adulte, je me suis vengée,
La moquerie désormais de mon côté,
Si la craie s'insinue partout,
En salle des profs, je repère
Les postérieurs décorés,
Et parfois l'entrejambe des plus fiers d'entre nous.


Amère revanche et ma foi, de courte durée,
Lorsque je me hasarde à faire de la grammaire,
(malgré l'interdiction formelle du ministère)
Le bâton trop long se casse,
Trop court, mes ongles contre le tableau crissent.
Et les cheveux de mes élèves se hérissent.


Lorsqu'elle vient à manquer,
Bien embêtée, chez mes collègues, je vais la mendier,
Et les à tous les coups les déranger.
Alors pour éviter la gêne,
Sous le radiateur, je me traîne,
Pour en harponner un mini-bout,
Sur lequel, je vais m'esquinter les doigts.

C'est ainsi qu'avec joie, je laisse mes élèves,
Corriger leurs interros,
Comme des grands, tous seuls,
Au tableau.

vendredi, juin 12, 2009

Le journal d'Henriette.






Atelier d'écriture, dernier texte en date. Consigne "décrire un choc culturel." Z'allez pas être déçus.

Le journal d'Henriette.



Lundi 3 Septembre :

Cher Journal,

Pour ma première journée, je ne pouvais pas faire mieux! Conformément à l'avis de Maman, je me suis efforcée de ne pas trop me faire remarquer, j'ai mis mon tailleur rose-pâle dont j'ai fermé la veste autant que possible et mes mocassins beiges. Évidemment, je cherchais à faire plus vieux que mon âge mais çà n'a pas marché. Lorsque je suis entrée dans son bureau, le principal m'a dit « Vous avez déjà enseigné dans ce type d'établissement? »

Je lui ai répondu que non bien sûr, en me retenant le lui faire remarquer que si j'avais atterri ici, c'était bien parce que je n'avais jamais enseigné nulle part, ni dans ce type d'établissement, ni ailleurs. Il a ajouté : « C'est dur ici vous savez! » et puis il m'a présentée à son adjointe qui a jugé mon attitude avec sévérité avant de m'accompagner sur les rangs.

Là, quelle ne fut pas ma surprise, cher Journal, de voir des élèves sans cartable, la chemise ouverte sur des poitrails imberbes et le carnet de correspondance coincé dans le jean! L'adjointe avait l'air un brin compatissante en me disant « Voilà, je vous les laisse! »

Cher Journal, Maman m'avait bien dit de faire profil bas sur les rangs et d'attendre d'être dans ma classe pour faire de la discipline mais du groupe fusaient des « 95D » dont je ne savais quoi penser. Je me suis demandée quelle marque de portable cela pouvait bien désigner et puis j'ai vite renoncé car il fallait les faire entrer en classe.

Une fois la porte fermée, je les fis asseoir tant bien que mal. Je remarquai que contrairement à ceux qui portaient la chemise bien ouverte; d'autres ne quittaient pas leurs doudounes qui me paraissaient un peu chaudes pour un mois de septembre.

Je commençai à faire l'appel en écorchant les noms pour finalement ne me concentrer sur les prénoms qui souvent différaient de ceux inscrits sur la liste. Quelquefois, lorsqu'un élève manquait, un cri « Il est au bled! » jaillissait du fond de la classe.

Puis, je commençai mon cours, lorsqu'un adolescent m'interpella en me demandant comment on disait « La touffe » en anglais et je lui répondis « Shaggy hair », ce qui déclencha l'hilarité générale. C'est vrai que j'aurais du me faire un chignon, mais les épingles me rentrent dans le cuir chevelu, je ne les supporte pas.

Enfin, le cours se passa tant bien que mal, je crois, malgré tout, avoir réussi à nouer le contact, cher Journal et je suis heureuse de pouvoir me confronter à ma véritable mission!




Jeudi 15 Septembre


Aujourd'hui, çà s'est assez mal passé. J'ai d'abord remarqué que les sixièmes passent leur temps en classe à grignoter des graines de tournesol appelées « pépites » qu'ils crachent ensuite sur le sol. Je n'ai rien osé dire et suis allée chercher le balai à la récréation afin de nettoyer.

Un de mes élèves m'inquiète, il voit des aliens partout, passe son temps à leur tirer dessus (sur les aliens) et parle seul. J'ai décide de l'isoler. D'autres sont venus me dire qu'un de leur camarade s'amusait à faire des grimaces dans mon dos . Je l'ai pris à part à la fin du cours afin de le sermonner et de lui montrer que son attitude nuisait à toute la classe. Il m'a bien promis de ne plus recommencer.

Tout est allé assez bien jusqu'à 16h où une élève m'a dit d'aller, je n'ose le répéter mais à toi, je peux le confier, « niquer mes morts. » Je me suis confiée au CPE, qui m'a bien expliqué qu'il ne fallait pas prendre cela personnellement mais plutôt comme l'expression de la violence connue à la maison. Je suis heureuse qu'il m'ait ainsi conseillée cher Journal. Lui-même est plein d'abnégation, les élèves l'appellent régulièrement «Maricon! »1 et il trouve que c'est bon signe qu'ils utilisent leur langue maternelle pour communiquer. Il me dit de privilégier le dialogue, c'est ce que je m'efforce de faire...



Mardi 13 octobre

Je tiens encore cher Journal mais je ne te cache pas que c'est très dur. Aujourd'hui Fabrice a attaqué Emilie, croyant avoir à faire à une alien. Il lui enfoncé la pommette. La mère est venue furieuse me demander des comptes, je pense qu'elle va porter plainte, je l'espère pas contre moi. Les quatrièmes ont profité d'un moment d'inattention (j'étais dans la salle attenante en espérant trouver un appareil de télévision en état de marche) pour faire un ring avec des tables afin que deux d'entre eux puissent se battre.

Que faire? Je discute encore et toujours mais je me sens impuissante.


Novembre (jour illisible)

Encore un jour dans ce bahut de merde et je flingue tout le monde. Ces petits cons m'ont balancé un clou dans le tableau et m'ont bombardée de prunes pas mûres à la sortie. Cette grande trompette2 de CPE m'a fait son sermon en bois, s'il ouvre encore la bouche, je l'encadre!



DATE INCONNUE


Bordel, çà a saigné aujourd'hui!

J'ai viré un élève avec sa table et sa chaise, vidé des sacs par les fenêtres, claqué des portes dans la figure, distribué des steaks3 aux sixièmes mangeurs de pépites et pendu Mehdi-la-grimace au porte-manteau!

J'ai prévenu que si j'en entendais encore un dire « Je bouffe la chatte A ta mère » au lieu de « DE ta mère », je lui faisais manger son extrait de naissance.

Je suis à bout, cher Journal. Je suis capable de commettre un meurtre, au bord du fait divers. N'ai pas changé de jean depuis quinze jours et mes baskets, (mes « crêpes »4, comme ils disent) commencent à renifler sévère. Ce n'est pas grave, ils ne m'auront pas. Je résisterai et Maman sera fière de moi.

We are your friends, you'll never be alone again...

Ecoutez Justice ici


Juste pour dire qu'un nouveau record a été battu...Récemment invitée à une soirée mojitos, electro, hugging, touching, french-kissing, naked-bathing et plus si affinités, ai eu le plaisir de voir nos amis de la police débarquer à ....onze heures...appelés par personne, d'ailleurs, juste pour prévenir...


Justice a été passé bien plus tard, je trouvais que çà s'accordait bien avec l'atmosphère générale...

La randonnée à vélo ou comment je me suis disputée...






  "J'en ai marre."

Comment leur faire comprendre que j'en ai marre? J'en ai marre de leur esprit de groupe, de leur camaraderie à la mords-moi le flanc, de leurs tee-shirts Quechuas et de leurs grosses chaussures de rando. Et puis j'aime pas la montagne...Surtout la montagne en été parce qu'il y fait moche. Il pleut depuis des jours et des jours et rien d'autre à faire que de jouer avec un vieux jeu de Scrabble auquel il manque vingt-cinq jetons, affalés sur des bancs en pin clair, pur produit de l'artisanat du Queyras.
Et les randonneurs de s'extasier «  Ah! Le bon air frais! », « Ah! La montagne çà vous gagne! » Et le soleil? Où est le soleil? C'est pour les Anglais ou quoi?

Ils me disent : « Toi, tu ne fais que râler. Tu peux pas t'intéresser un peu? Là, tu viens de rater un mot compte triple! Lâche un peu ton IPhone et ton vernis à ongles! Viens participer! » Participer ? Y a même pas de WIFI  ici et la 4G rame à mort !  Y a rien que de la montagne moche et des chemins boueux et le Trou de la Dame qui est encore bouché ce matin! Le Trou de la Dame, c'est le sommet qu'on aperçoit depuis l'appartement des joyeux lurons. C'est ce qu'on dit ici : « Quand le trou de la Dame est bouché, la journée entière ça va pisser » Devinez quoi? Ce foutu trou est bouché depuis le début du séjour.

Sauf ce matin. Tiens, le soleil est revenu de Londres nous faire une petite visite, après avoir fait cramer les Brits dans Hyde Park. Vite, les boy scouts chaussent leurs Ray Bans polarisées, histoire de pas choper un cancer des yeux :
«  C'est géniaaaaaaaaaal..... On va pouvoir aller se faire une rando!! »

Une quoi? Même pas en rêve,  mon frère, moi je lâche pas mes Jimmy Choo d'une semelle. Je sais pas marcher d'abord et puis j'ai pas pu passer chez Décathlon me procurer les Quechuas Outdoor triple étanchéité idoines, c'est ballot hein?

« Meuh non! Une rando à vélo! T'as rien à faire, juste à pédaler, Maeva Ghennam! C'est que de la descente! »

Mouais, de toutes façons, si je reste les fesses vissées sur ces chaises sculptées par un autochtone qui s'est pris un jour pour un designer, je vais afficher au moins deux kilos de plus. D'ailleurs, je suis sûre que je les ai déjà pris, merci la raclette et la tarte aux myrtilles.

Bon me voilà partie...Tout le monde est joie et extase...On a rendez-vous devant
l'Office du Tourisme. Tiens, voilà la G.Otte, tu peux pas la manquer, elle a une polaire en bouclettes beige, on dirait qu'elle a buté la maman de Petit Ours Brun. Elle a le sourire radieux des gens qui ne s'ennuient jamais et un bandana sur le front que personne oserait porter en public. Les randonneurs sont hyper-ravis de la voir et ils enfourchent leurs vélos avec enthousiasme.

Moi, j'aime pas les sportifs hilares. Et puis quand j'aime pas les gens, ça se voit. Mais va savoir pourquoi ces mêmes gens que j'aime pas sont aussi crétins que les chats qui viennent se frotter aux jambes de ceux qui peuvent pas les blairer. Gentille Organisatrice vient se planter devant moi.

« Ca va? »

Bin oui, ça va, pendant que mes copines font doyoudoyoudoyousaintropez en prenant leur douche au champagne, moi je passe des vacances intelligentes, avec ma Kindle, (j'ai même lu Game of Thrones en anglais), habillée comme un sac, avec des boutons plein la tronche.
Et allez vas-y la rando. Comme on est trop fort pour passer par la route on sort des sentiers battus.
En gros, on se lance sur un chemin forestier et vu le taux d'humidité de ces derniers jours, les fondrières font environ cinquante centimètres de profondeur.
Et vlaaaaaaaaaaaaf, voilà mes New Balance toutes degueus. Madame Guronsan me lance « Ca va? » Elle a droit en retour à mon fameux sourire hypocrite numéro cinq, celui que je réserve en général à mon chef.
C'est de pire en pire. A la gadoue, succède un torrent à sec, plein de pierres hostiles. Mon vélo saute dans tous les sens, on dirait la Ford T de Gaston Lagaffe lancée à toute blinde.
Les randonneurs sont aux anges, leurs Quechuas n'ont plus figure humaine, leurs Ray Bans sont mouchetées de boue.

Et Miss Alpe d'Huez 2014 qui me gratifie d'un « Ca va? »

« NON! CA VA PAS. »


Et là dessus, je me taille, sur la route en mode escape, NIQUEZ-VOUS, bande de bouseux moi je rentre à Marseille.





vendredi, février 13, 2009

L'ami de Lady Chatterton



Dexter, seas 5. Killing Jordan Chase.

Bon allez-y, huez-moi, villipendez-moi, je suis nulle je sais...Un ptit feed comme çà en passant, issu d'un atelier d'écriture...En gros, écrire un texte où les objets se transforment la nuit..


Une nuit comme toutes les autres… Une nuit où il n’y a plus de place pour Dr Jekyll et où Mrs Hyde occupe le devant de la scène… La lune est bleue comme un passeur tranquille…I
l faut que je la laisse glisser hors de la tanière où je la tiens recluse enfin de nous sentir enfin vivantes, Jekyll et Hyde unies par les liens du sang.
Sur la table en formica blanc, j’ai dénudé ma victime pendant qu’elle était encore sous l’effet du mélange de tranquillisants que je lui ai injecté. Les couteaux affutés sont rangés par ordre de grandeur sur l’établi, que j’ai pris soin de recouvrir de film alimentaire transparent. Le corps de ma victime est solidement maintenu par des mètres et des mètres de ce même film, que Jin Wong, le prévenant Coréen de la 14e rue, commande spécialement pour moi sans jamais me demander pour quel usage. Sans doute me prend-il pour une de ces consommatrices effrénées de poulet frit….
J’ai baîllonné « Little Gonzales » avec du chatterton premier choix, également acquis chez Jin Wong. Je le vois ouvrir les yeux, c’est normal, mon cocktail de barbituriques l’a maintenu inconscient pendant exactement 73 minutes, le temps qu’il m’a fallu pour l’installer confortablement dans mon antre. Je m’attends à le voir écarquiller les yeux sous l’effet de la surprise. Hé oui, il doit encore penser que la somptueuse créature à jupe fendue et décolleté savamment travaillé, qui l’a outrageusement dragué dans ce bar sordide, va se lover contre son torse velu de brute épaisse !! Mais la créature a disparu, sous une combinaison étanche et un masque de soudeur, seules protections efficaces contre les éclaboussures.
L’affreux bonhomme ouvre donc ses yeux jaune sale. Mais je ne lis aucune terreur dans ce regard , bien au contraire. La situation a l’air de le réjouir, ses prunelles s’allument de particules dorées. Le chatterton qui le maintient silencieux se met onduler bizarrement. Je comprends qu’il passe sa langue en dessous et qu’il est en train de….Oh mon Dieu, il est en train de manger mon chatterton premier choix que j’achète par paquets de douze à Jin Wong !!! Il finit par l’engloutir en entier et me lance « Hey, man, top qualité ton réglisse ! ». Je me rends compte avec horreur que le film alimentaire que cet escroc de Jin me fait payer 3 dollars le rouleau est littéralement alimentaire. Ce sont des feuilles de gélatine parfum noix de coco.
Dieu du ciel, cette racaille de « Little Gonzales » a tôt fait de s’en emparer à pleines mains et de le dévorer. Dans les films, le héros s’en sort en rongeant ses liens et là c’est pour de vrai et même pas désagréable. Mon esprit patine, je suis incapable de me concentrer. Je ne suis plus qu’un pauvre chose affolée qui saisit en toute hâte un couteau de boucher avant que ce saligaud ne se lève et ne me fasse la peau. Horreur ! Celui-ci se ratatine dans ma main et je réalise que je tiens une poignée de bonbons nounours gélatineux avec lesquels je suis bien incapable de frapper mon adversaire. Little Gonzales se lève et me serre dans ses bras « Merci pour le dessert, man ! C’est le meilleur que j’ai jamais mangé. Quelle chouette fête d’anniversaire !! ». Et il engloutit mes nounours parfum coca. Je le vois courir extatique et nu sous la lune, le corps comme glacé au sucre. Je pense que j’ai un peu forcé sur l’héroïne dans la dose que je lui ai injectée….

Ne me reste plus qu’à rendre une visite nocturne à Jin Wong… Son chatterton, c’est vraiment de la camelote…