samedi, avril 27, 2019

Waiting for the man



. Place Henri Verneuil, vendredi 26 avril 2019 15h52.

I m waiting for my man
26 dollars in my hands

Je sors du théâtre, j’ai pas de soutif. Mon soutif me faisait mal tout à l’heure, je l’ai enlevé, je porte des soutifs depuis que j’ai treize ans, j’en ai marre. Y a un mouvement qui s’appelle le “no bra”, genre libérez les tétés, no soutif quoi, voilà je suis “no bra “les gars, deal with it, rock’n’roll, ça y est je viens de rejoindre le collectif des rebelles de la bretelle, je me sens une nouvelle femme.

Up to Lexington, 125
Feeling sick and dirty
More dead than alive.

Un attroupement devant le Silo. Que des meufs ou presque, avec soutif je crois. Je vais les interviewer, leur demander ce qu’elle pense du mouvement “no bra”, peut-être qu’elle veulent libérer leurs tétés avec moi.

Elles me regardent, je les regarde, elles me regardent, je les regarde, je leur demande ce qu’elles font là, elles disent qu’elles attendent Patrick Fiori.

Hey, white girl what you doin’ uptown?
Hey, white girl, you chasin’ our man around?

Il y a un concert ce soir, je dis que je vais attendre avec elles, elles me disent si tu veux.  Elles viennent de Toulouse et même de Lyon pour voir Patrick Fiori, elles y vont ce soir, je dis merde c’est con je peux pas, je vais voir un spectacle à la Joliette, c’est con parce que ce matin j’avais pas d’engagement pour ce soir mais là c’est mort, je vais voir “Tumultes” de Marion Aubert, y a plus de places en plus c’est archi-complet, on m’a mis une place de côté, je peux pas m’échapper même pour Patrick Fiori. La fille de Lyon me dit c’est pas grave y a des places pour demain, mais là c’est encore plus con parce que demain mon fils n’est pas là, il dort chez sa nana, alors j’aimerais bien surfer sous couette avec un beau gosse et une bouteille de champagne mais peut-être que je peux embarquer Patrick Fiori après le concert, on sait jamais, il est corse comme moi, il a 49 ans comme moi et si ca se trouve on se casse ensemble, il y a le Paglia Orba à quai derrière le Silo, on le prend et on tire droit devant.

Oh pardon me ma’am, it’s the furthest thing from my mind
I’m just lookin’ for a dear,dear friend of mine.

Je dis rien aux groupies, on sait jamais, elles peuvent me ligoter et me jeter dans le bassin de carénage. Je continue à faire semblant d’envoyer des textos pour avoir l’air anodin  et bim, j’en reçois de vrai, de texto, un type de Paris qui veut que je le loge demain soir, j’ai qu’un lit, il va vouloir dormir avec moi et plus si affinités, merde il va me foirer mon plan avec Patrick Fiori. En plus, je sens qu’il va y avoir de la concurrence, paraît qu’il faut courir pour être au premier rang, je me sens démotivée, sans soutif, la course c’est pas aisé quand on fait du 90F, même si c’est F comme Fiori et c’est le dernier concert de la saison, les nanas du Silo font tous les concerts du Grand Sud, elles doutent de rien, elle sont rodées, je sens qu’elles vont me laminer, même s’il paraît que Patrick est sympa quand il est pas débordé, donc je fais des équations dans ma tête avec des tas d’inconnues et j’en conclus que c’est quand même plus simple de loger le gars de Paris que de serrer Patrick Fiori et puis, j’ai plus que dix pour cent de batterie et ça me fout des palpitations, je vais plus pouvoir faire semblant d’envoyer des textos. Je lâche l’affaire, tant pis pour Patrick, on aurait pu vivre quelque chose de vraiment beau tous les deux avec du sexe torride et du champagne sur le Paglia Orba, parce que je préfère l’amour en mer c’est juste une question de tempo, mais bon voilà, il en saura jamais rien, c’est l’heure de rentrer au théâtre et de remettre mon soutif.

Here he comes, he’s all dressed in black
P.R. shoes and a straw hat
He’s never early, he’s always late
First thing you learn is you always gotta wait.


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