Dois tu tuer tes chances pour voir que tu es une meurtriere ?
Au Preau des Accoules
Plus moche la vie
Dream the dream Dirty old town
Au Panier maintenant
Ma tristesse pue la vie
Graffiti, incompris.
Du ciel, de l’eau
De la pierre et du fer
Le monde flotte comme une bille d acier
Plafond de verre
Aspirer l'air
Place de la Joliette
Un tatouage inachevé
La Bonne Mere sur un poignet
Marcher, suivre la rue, monter.
Eviter les crottes, les poubelles éventrées.
Frapper à la porter pour qu'on l'ouvre, écarter le rideau rouge, claquements de baisers sur les joues.
Gravir l'échelle, se faufiler entre les obstacles, se tortiller pour enfiler la robe.
Miroir blafard, rouge sur les lèvres de la fille en rouge.
L'échelle à nouveau, sens inverse, descendre.
Respirer, prendre de l'air, encore un peu.
Descendre...un peu plus profond à chaque respiration.
Agitation encore un peu, autour, puis le noir.
Fille en rouge dans le noir, voir les autres disparaître... les mains se joindre une dernière fois pour s'ignorer dans l'obscurité.
Descendre un peu plus profond encore, à la prochaine respiration, être sous l'eau.
Coeur ralenti, épiderme pétrifié, corps vitrifié.
Etrangère, autre, alien, la robe rouge prend vie.
Derniers frôlements dans l'obscurité, premiers pas dans la lumière.
Le sol sous les pieds, ressenti, l'espace devant soi, la chaise, là-bas, l'atteindre.
Lever les yeux, les affronter : les présents, les absents surtout, ceux qui vous regardent, vous scrutent, vous aiment, vous réchauffent contre leur sein pour mieux vous écraser.
Retenir, brider encore un peu l'animal furieux qui s'agite sous les côtes, puis le lâcher tout à coup.
Je mentais...JE MENTAIS !
Je vous emmerde tous, mon père, ma mère et toute la sainte famille. Et puis je t'emmerde surtout Toi là haut, qui m'observe depuis ta cachette. Tu voulais me voir, et bien vas-y, be my guest, fais-toi plaisir mon vieux. Regarde le mépris, entends la colère...
La colère n'est pas aussi rouge que la robe, elle est veinée de bleue, striée de noir. Elle prend les tripes, elle colle au corps comme une mauvaise sueur. Ne pas se laisser happer par elle, se maintenir en équilibre, encore un peu.
Je mentais, je ne vous aimais plus.
Je vous emmerde tous, jusqu'au dernier même si cela épuise, même si cela tue, même si la robe rouge reste suspendue dans le vide.
Laisser aller, émotion, désespoir.
Finir, très vite, sortir de la lumière, rejoindre la boîte noire et laisser la place.
Rendre les armes et tomber à genoux.
At this moment of surrender, I folded on my knees.
Rideau, porte, sortir. Aspirer l'air par la bouche.
Claquements de baisers sur les joues.
Sourire sans conviction.
Décliner les invitations, suivre la rue, descendre.
Eviter crottes et poubelles.
Photos by Séverine Gautier
Compter les minutes avant que la douleur ne s'efface.
Photos by Séverine Gautier
Ne pas voir les passants, qui eux non plus, ne vous voient pas.
Je continue la publication de mes textes rédigés en Atelier. Ecrire sans musique est impensable pour moi, j'intègre donc une petite soundtrack à écouter de préférence, en lisant.
Consigne : intégrer à son texte une ou plusieurs phrases assassines.
L'homme pressé.
Votre contact est désormais hors-ligne...
Hors-ligne...mais comment faire justement pour rester en ligne?? Garder le fil, la connexion, avec ce contact, mon contact, matérialisé par une icône sur l'écran de mon ordinateur. J'attendais vainement le changement de couleur de celle-ci, qui indiquerait qu'il serait enfin connecté, disponible, enfin EN LIGNE après toutes ces heures de veille.
Mais il avait toujours autre chose à faire, toujours des amis à aller voir, on l'appelait là, tout de suite, il fallait qu'il y aille. Non, il ne pouvait pas rester une minute de plus et non il ne pourrait pas se connecter demain soir ni m'appeler non plus...
Votre correspondant ne peut être joint. Veuillez rappeler ultérieurement.
Rappeler, je ne faisais que çà tous les quarts d'heure. Et pourquoi? Pour entendre son silence gêné, pour l'imaginer chercher des prétextes, des échappatoires et raccrocher, enfin, plus vite encore que précédemment.
Il y avait bien longtemps qu'il avait cessé de me dire "Je t'aime, viens je t'attends. Dépêche-toi, je meurs de te découvrir enfin, hayati." Je scrutais mon écran, à la recherche d'une ultime étincelle dans ses yeux, de l'esquisse d'un sourire qui découvrirait à nouveau ses dents blanches de croqueur de gazelles.
Mais rien... il ne me présentait plus qu'un masque plus sombre qu'une nuit de novembre. Sa voix avait perdu ses intonations caressantes, son accent, chaque jour un peu plus prononcé, prenait désormais une couleur métallique, quasi-germanique. Il finissait par ne plus comprendre le français ou peut être le prétendait-il, me forçant à communiquer mon désarroi en anglais.
What do you want from me? You're driving me insane, stop being so cruel. Are you listening to me? Are you fucking listening to me? Don't you dare hanging up on me, you son of a bitch!
Mais évidemment, ma fureur ne rencontrait plus alors que le vide, le vide d'une tonalité exaspérante, d'une ligne coupée, le vide du monde virtuel où nous nous étions par hasard croisés.
Il y avait longtemps que je ne dormais, ni ne mangeais. Mon miroir me renvoyait l'image d'une fille désemparée, délestée de l'armure de ses kilos en trop, creusée par les nuits sans sommeil et les repas à peine avalés.
Je voulais, je LE voulais tellement, plus que tout au monde, pourquoi, au nom de quoi est-ce que çà ne pouvait pas marcher? Je n'arrivais pas à concevoir que je ne pourrais jamais posséder ce seul et unique objet, cet homme vers lequel tout mon être tendait, que j'aimais pour la beauté du geste, moi, qui avait tout obtenu sans jamais rien demander jusqu'alors.
Une petite fille maigre, avide, refaisant surface après toutes ces années, le voulait pour elle, à elle, elle voulait l'annexer, l'enfermer à double tour pour qu'il ne puisse plus la fuir. Son coeur faisait des bonds d'animal furieux lorsqu'on lui disait que ce n'était pas possible, qu'il fallait être raisonnable. Elle me rongeait, elle aussi, je n'arrivais plus à la contenir, à la faire taire, cesser ses cris. Il n'y avait pas d'autre issue, il fallait que cela soit, sa volonté à elle ou ma volonté, peu importe.
Et pourtant... Un jour dans la boîte, l'email tant redouté. Quelques lignes...
Don't come. If you come anyway, I won't answer the phone. I'm away for the week end. I have no feelings for you. Just stay where you are.
Quelques lignes, jetées à la hâte, des caractères manquants ici et là, pas de signature.
Et moi aussi, jetée, comme de la vaisselle en papier après une fête, quand tout le monde est parti et qu'on est fatigué, jetée dans un sac poubelle noir et opaque avec un lien solide pour fermer.
Quelques mots dictés par le coeur sec d'un homme pressé...
Atelier de Juin, les enfants... Sujet imposé, écrire une lettre imaginaire dans laquelle sera glissé un billet de dix euros...huhuhu...l'heure de la vengeance a sonné!!!
Cher Monsieur Bigorneau, Voilà quelques mois, nous liâmes connaissance. Tout de suite, votre pouvoir de séduction a fait effet sur moi. Vous incarniez le charme de l'homme du Sud qui sait son affaire, avec vos tempes grisonnantes, votre bagou et votre veste en cuir négligemment enroulée autour de votre bras vigoureux. Il faisait grand-soleil ce jour-là, vous m'avez invitée à déguster un plateau d'oursins, sur le port de Carry-le Rouet, je buvais vos paroles ainsi que le vin blanc de la carafe fournie avec le menu. Bien sûr, vous avez tout de suite eu la prévenance de m'informer que vous étiez marié, à une femme hélas gravement malade. Notre attirance, quoique platonique, s'en trouva renforcée. Quelques jours plus tard, nous nous sommes retrouvés Chez Péron sur la Corniche. Vous aviez passé commande d'une bouillabaisse succulente et d'une bouteille de Cassis Blanc du Domaine de la Ferme Blanche millésimée 2000. Le coucher de soleil était magnifique et les pendants d'oreilles que vous m'aviez offerts absolument ravissants. Mais ce jour-là, je mis toute mon énergie à refuser vos avances, vous rappelant que l'amitié entre un homme et une femme était un bijou sans prix. A ce moment , vous m'avez gratifiée du plus savant et du plus passionné des baisers qu'il m'ait jamais été donné de recevoir. Le lendemain matin nous partagions le petit-déjeuner sur la terrasse dévorée de lumière du Concorde Palm Beach, après y avoir passé notre première nuit ensemble. Vous aviez commandé un grand crème et j'y trempais mon croissant avec délice. Puis ce fut notre premier week-end, à l'Auberge de la Beaugravière dans la Drôme Provençale, vous avez prétexté une réunion régionale et éteint votre téléphone portable. On nous servit un menu exclusivement à base de truffes du pays et arrosé d'un Châteauneuf du Pape Blanc Vieux Télégraphe 2003. A ce moment-là, mon bonheur était presque parfait, vous étiez certes toujours marié et bien sûr dans l'impossibilité de quitter votre femme mourante, mais vous ne m'offriez que le meilleur et je vous en étais reconnaissante.C'est pour çà que j'ai très peu apprécié, espèce d'immonde salaud adultère, que lors de notre dernière rencontre vous demandiez à l'employée du Mac Donald's de Sainte Marthe si les menus à deux euros quatre-vingt dix étaient toujours disponibles. Certes votre épouse, en très bonne santé quoique enceinte de jumeaux, avait tout découvert, certes tout était fini entre nous mais ce n'était pas une raison. J'inclus dans cette lettre un billet de dix euros afin de vous dédommager de ce menu "Royal de Luxe", comme le prétend la publicité, et qui vous permettra de prélever, en outre, votre pourboire. J'ajoute que le dit pourboire me paraît disproportionné et sans rapport avec vos piètres performances sexuelles, le chiffre dix évoquant pour moi la taille en centimètres de votre pénis en érection multiplié par deux. Bien à vous, Caro Bradechi.
Texte Atelier de Mars : consigne indescriptible, en gros donner ses impressions à partir de l'écoute d'un Adagio de Barber. Bon moi je vous mets Bruce Springsteen à la place, chacun sa came...
Je ne connais pas la musique. Enfant, gamine, j'ai tapoté du piano, comme tout le monde, chez une Mme Luniewski dont le chien berger me mordillait les pieds. J'ai toujours eu très peur des chiens comme j'ai toujours eu peur du noir et des arbres agités par le vent lorsque tombe le soir. J'ai bien vite abandonné le piano, je me souviens, ma dernière leçon de solfège s'intitulait "Armure d'une gamme en dièse", soulignée en rouge et bleu. Mon professeur utilisait un de ces crayons bicolore au trait gras et épais. Je n'avais, n'ai toujours aucune idée de ce que c'est que l'armure d'une gamme, je ne comprenais pas, je n'ai toujours pas compris. Je ne connais pas la musique, en tout cas je ne sais pas la lire, tout juste la chanter dans ma salle de bain ou dans ma salle de classe, c'est selon. Pourtant, je me souviens de ce prof de fac à la chevelure inculte qui nous disait "Tout art aspire à la condition de musique" et de nous citer en exemple, non sans ironie, un tableau de James Whistler Symphonie en blanc numéro un. Une fille blanche habillée de blanc sur un fond blanc, sponsorisée par Danone Nature, concluait-il, sûr de se tailler un beau succès auprès d'un auditoire conquis d'avance. Mais pas de titre, pas de sujet, juste un nom de partition, pour toucher le spectateur sans autre vecteur que celui de l'émotion. Je ne connais pas la musique mais la musique me connaît. J'étais enfant alors, plus petite encore, avant les leçons de piano et de solfège. J'avais un de ces mange-disques orange tout à fait d'époque où je faisais jouer mes quarante-cinq tours préférés, des contes classiques dit par Claude Dauphin, François Périer et Christiane Minazzoli, je me souviens. Mon préféré était celui du Vilain Petit Canard dont je me sentais si proche, parce que trop petite, trop maigre, trop dans mes rêves et très maladroite déjà. Le Vilain Petit Canard, abandonné des siens, ne cessait de nager pour empêcher la glace de se former autour de lui sur l'air du Lac des Cygnes. Sur le final majestueux où les cuivres se joignent aux cordes, le Petit Canard voulait en finir et s'offrait en victime expiatoire à un groupe de cygnes blancs et évidemment, ces derniers l'accueillaient, le rassuraient, parce que c'était fini, il était devenu l'un des leurs, tout blanc d'une éblouissante beauté et à ce moment-là j'éclatais en sanglots. C'était le pathos de la musique, j'étais petite, c'était compréhensible, je ne connaissais pas le ballet, je pensais juste que c'était une histoire triste à mourir de petit canard rejeté par sa maman et je pleurais, pleurais sans m'arrêter. Je ne connaissais toujours pas la musique non, j'étais bien plus âgée, bien plus forte, un corps de femme et une armure digne d'une gamme en dièse. J'avais ce corps dont je ne savais que faire, ces seins impossibles, impossibles à cacher, alors autant les montrer, autant les montrer et les imposer à tout le monde, mettre les décolletés les plus pigeonnants possible, autant passer pour la fille aux gros seins puisque manifestement j'étais, je suis toujours la fille aux gros seins. Mes seins me précédaient donc partout où j'allais mais je m'étais habituée, j'avais presque vingt ans maintenant. La musique me prit à nouveau par surprise à ce moment-là, oui à ce moment précis, je me souviens de ce choc lorsque j'ai vu les doigts frêles d'une femme corsetée, émergeant de mitaines noires, courir sur l'ivoire des touches d'un piano abandonné sur une plage. Jamais un film ne m'a secouée autant que celui-là, une femme corsetée, prise dans l'entrelacs d'une forêt hostile et boueuse, d'une micro-société patriarcale où elle n'avait que le droit de lisser sa coiffure et rabattre ses jupons sur ses chevilles. La musique d' Ada, le personnage principal, explosait à la face de ce monde hypocrite, elle explosait, je redis le mot car il n’ y en a pas d'autres, en sensualité et en érotisme, d'ailleurs, j'ai retrouvé le nom du fameux thème musical The heart asks pleasure first, le coeur demande d'abord du plaisir, le coeur est un organe de feu pour citer Ralph Fiennes dans The English Patient. J'étais là, dans cette salle de cinéma, bouleversée par le personnage de Baines, interprété par l'immense Harvey Keitel, colosse au coeur d'artichaut, je dis ça mais c'est pour faire de l'ironie, Keitel me faisait pleurer autant que le Vilain petit canard lorsque nu et magnifique, il essuyait le piano de sa chemise. Je n'avais pas conscience que la réalisatrice satisfaisait le besoin de voyeurisme de son public féminin en le transformant, lui le macho des Scorsese et autre Abel Ferrara en objet sexuel. Non, qui a besoin de théoriser ça, faut-il être vraiment normal pour se poser la question? Baines était là nu et émouvant, bouleversé par la musique tel Swann dans le Salon des Verdurin "il avait pu éprouver une impression aussi confuse, une de ces impressions qui sont peut être pourtant les seules purement musicales(...) irréductibles à tout ordre d'impression.", lui l'analphabète, la page blanche, sur laquelle les phrases musicales d'Ada s'inscrivaient. Cette musique, je ne la connais toujours pas, les années m'ont rendue plus cynique, plus ironique aussi, je me méfie de moi, même si mon armure de gamme en dièse est tombée par morceaux, lorsqu'elle ne servait plus. J'ai pris des claques artistiques et je m'en suis relevée, plus vite en tout cas que des claques amoureuses. Si la musique a provoqué, provoque encore des voluptés particulières, il suffit de surfer sur la vague numérique tard le soir pour revivre ces émotions presque instantanément comme si je pressais un bouton quelque part dans mon cerveau englué par le quotidien. Mon cynisme, -toutes les chansons racontent la même histoire, Unchain my heart, set me free, Mme Butterfly aurait dû faire un bras d'honneur à Pinkerton- disparaît comme par enchantement, et je pleure encore comme une Marianne James à la Nouvelle Star. C'était il y a quelques années, plus question d'enfance ni de sensualité en fleur, mon physique qui supportait, supporte toujours mal le second degré commençait à virer doucement à celui d'une matrone italienne, ce que je suis par atavisme. Je découvrais le poème "El Atlal", les ruines chanté par Oum Kalthoum. Cette chanson, ces mots que je ne comprenais pas, satisfaisaient mon besoin d'Orient de pacotille, celui des ryads, des moucharabiehs et des thés à la menthe que je connaissais si peu. J'ai lu Tahar Ben Jelloun, Isabelle Eberhardt, Alaa-al-Aswani, pour m'en approcher, toujours avec El Atlal dans la tête. La traduction, je l'ai cherchée plus tard et effectivement c'est toujours la même histoire. Le coeur est un chasseur solitaire, l'amour n'est, n'était qu'un mirage, servons-nous à boire en souvenir de ces ruines qui donnent le titre à la chanson. J'ai pleuré plus encore que toutes les autres fois, je pense que j'étais Dora Maar, la Niagara de Julien Clerc et Alice réunies en une seule personne, mes pleurs auraient pu noyer une famille entière mais j'ai surnagé, grandi, rapetissé et regrossi pour être là aujourd'hui. Et maintenant? Il y a deux jours, je surfais sur cette vague numérique, et j'ai ramassé comme un bout de bois flotté, cet air, ces paroles arrachées à la gorge de Bruce Springsteen, logées sous le bouton un peu déglingué du juke-box qui me sert de mémoire. Alors puisqu'il faut bien finir, autant finir sur ces mots-là.
"Come on baby and dry your eyes Come on darling and dry your eyes Come on darling and dry your eyes Come on dream on, dream baby dream"
Le Provençal et le Méridional ont annoncé l'événement des jours à l'avance. Ils se sont mis au diapason des journaux télévisés d'Antenne 2 et de TF1. FR3 y a même consacré son édition régionale. Partout, partout, dans la douce Provence, les voilà qui avancent. On s'inquiète de l'émergence de cette nouvelle génération. Ils ont pour point commun de détester le soleil, la mer et leur région natale. Parlez-leur plutôt du son de la pluie contre les vitres en plastiques d'un pub sinistre de la ville prolétaire de Crawley, au Sud Ouest de Londres. Rien ne les rattache plus à la bonne ville de Marseille, à ses mouettes, à ses bonnes dames à l'accent chantant qui vendent du poisson sur le Vieux Port, mets de choix pour les télés nationales (les bonnes dames, pas le poisson).
En cet an de grâce 1987, qui sont donc ces hordes de désespérés? Qui sont-ils donc, reconnaissables entre mille à leurs cheveux crêpés, maintenus en l'air par de l'eau sucrée ou par les premières mousses coiffantes de Mme L'Oréal, à leurs ongles vernis de noir et à leur teint, ô combien artificiellement pâle? Qui sont-ils, eux qui repoussent avec dégoût leur assiette de pieds-paquets au désespoir de leur grand-mère?
On a tout dit ou presque sur ces hordes d'ados qui pratiquent des tentatives de suicide journalières, certaines juste annoncées, d'autres plus abouties, qui les conduisent parfois à avaler le contenu de deux boîtes d'Euphytose arrosé de coca à l'aspirine. Mais regardez-les ce soir dans l'arène, clignant des yeux sous le resplendissant soleil de juillet, attendant le crépuscule avec passion. Regardez cette jeune fille, sa mère la supplie de s'acheter des vêtements neufs mais elle ne quitte plus son imper gabardine acheté cinquante francs à la fripe du coin. Sa voisine refuse catégoriquement de se débarrasser de son sac US effrangé couvert d'inscriptions mystérieuses : Seventeen Seconds, Faith, Pornography . Elle le serre contre elle comme s'il possédait des pouvoirs magiques. Et regardez-le lui, ce grand garçon dégingandé au pantalon si serré qu'on le croirait enfilé à l'aide d'un chausse-pied : il ne quitte pas son peigne à moustache. Il raconte que ce peigne lui a été confié par un punk, qui l'avait trouvé dans la chambre d'hôtel de Sid Vicious, bassiste maudit et drogué jusqu'à la moëlle des Sex Pistols, le soir où il a poignardé sa compagne Nancy Spungen. Mais il n'en est rien, ce peigne qui lui sert à crêper cette longue mèche noire sous laquelle brille un oeil sombre souligné de khôl, ce peigne lui a été offert par sa tante Francine, qui tient la confiserie du Lycée Michelet et lui remplissait les poches de berlingots lorsqu'il était petit. Qu'importe, il continue de ne pas sourire mystérieusement, tandis que de la poche de sa chemise à damiers s'échappe la queue d'une souris également bicolore qu'il cache la nuit dans un des tiroirs de son bureau. Il n'ose avouer à ses parents qu'elle a mangé la couverture de son dictionnaire d'espagnol. Tous ont très peu de contacts entre eux, ils attendent debout épaule contre épaule, tétant parfois d'un air absent le même mégot qui passe d'une main aux ongles noirs à une autre ornée d'une bague à tête de mort.
Et puis soudain, une rumeur. "Il" est là, celui qui inspire toute cette génération de l'angoisse, cette "Angst generation", telle qu'on la décrit Outre-Manche. Mais de ce côté-ci du channel, ces biens chers enfants ont été bercés par Maritie et Gilbert Carpentier : ils n'en peuvent plus d'avoir du subir les numéros un de Dalida et de Michel Sardou réunis, période pré-télécommande.
"Il" gratifie l'audience d'un "hello" à peine audible puis entame son morceau sans même lever les yeux des chaussures, oui je suis un shoe-gazer et je vous emmerde. La foule s'électrise alors, les paroles viennent aux lèvres des adeptes, des paroles en anglais, bien sûr, que la plupart ne comprennent pas mais que les plus addicts traduisent en s'usant les doigts sur leur Robert et Collins. Une traduction qui ne lève pas le voile sur la signification ces lyrics murmurées dans un micro asthmatique. Qui est donc cette mystérieuse Charlotte Quelquefois qui passe son temps à pleurer les yeux grand ouverts dans le noir? En quel lieu se trouve cette forêt mystérieuse, où le chanteur passe son temps à courir après rien encore et encore et encore et encore? Et quel traumatisme a-t-il donc vécu pour s'agenouiller, les yeux toujours rivés sur ses godasses, presque en pleurs et murmurer rattrape-moi si je tombe, je perds prise, je ne peux pas continuer ainsi ? Et de conclure : I walked away alone with nothing left but faith, je partis seul au loin, avec rien, rien que la foi.
Et c'est ce qu'ils font en cette belle soirée du mois de juillet 1987, ils regagnent leur chambre sur la porte de laquelle ils ont accroché un sens interdit, qu'ils ferment au nez d'une grand-mère, qui mourra dans deux ans mais qui pour l'instant se contente de lever les yeux au ciel en se disant que ça va passer.
L'année s'est achevée sans trop de fards ni paillettes, faut que je re-glamoure ma vie, un peu. Cette vraie vie qui m'a bouffée, aspirée ces derniers temps. Je n'écris plus que dans l'urgence pourtant quand je le fais çà me procure énormément de plaisir. Sais pas, me manque sans doute quelques coups de pieds au tafanari, c'est clair...Enfin bon, pour renouer avec la tradition voilà la changaidoll de la nouvelle année. Qu'elle te soit douce, ô lecteur égaré dans la blogosphère, comme un tapis de fleurs de cerisier sous les pieds de la geisha aux zieux gris du film éponyme...
Post-back (hihihi) ou back to post, je recommence à publier ici et là, je ne désespère pas de me reloader un jour.
Voilà le résultat de mon atelier d'écriture de Novembre. Sujet : en gros, décrivez un objet du quotidien sur un mode ironique et/ou nostalgique. Croyez-le ou non mais j'en ai grave sué pour pondre ce poème qui n'en est pas un.
LA CRAIE.
Je hais la craie, Au bout de mes doigts Il y a toujours de la poussière collée.
A son contact, mes mains pèlent, se crevassent, Quelquefois c'est avec mes fesses que j'efface Involontairement le tableau, Et ces traces blanches bien visibles, A ma crédibilité sont nuisibles.
Dé-craie-débilisée, donc je suis. Comme lorsque enfant, la maîtresse Dessinait au tableau d'impeccables O, d'une simple flexion du poignet. Sur mon cahier je m'acharnais, à respecter ces courbes splendides que j'étais incapable de maîtriser. C'est alors que la classe entière de moi se moquait et que je rougissais entre mes tresses. Alors la maîtresse, au parfum subtil, me demandait de recommencer.
Adulte, je me suis vengée, La moquerie désormais de mon côté, Si la craie s'insinue partout, En salle des profs, je repère Les postérieurs décorés, Et parfois l'entrejambe des plus fiers d'entre nous.
Amère revanche et ma foi, de courte durée, Lorsque je me hasarde à faire de la grammaire, (malgré l'interdiction formelle du ministère) Le bâton trop long se casse, Trop court, mes ongles contre le tableau crissent. Et les cheveux de mes élèves se hérissent.
Lorsqu'elle vient à manquer, Bien embêtée, chez mes collègues, je vais la mendier, Et les à tous les coups les déranger. Alors pour éviter la gêne, Sous le radiateur, je me traîne, Pour en harponner un mini-bout, Sur lequel, je vais m'esquinter les doigts.
C'est ainsi qu'avec joie, je laisse mes élèves, Corriger leurs interros, Comme des grands, tous seuls, Au tableau.
Atelier d'écriture, dernier texte en date. Consigne "décrire un choc culturel." Z'allez pas être déçus.
Le journal d'Henriette.
Lundi 3 Septembre :
Cher Journal,
Pour ma première journée, je ne pouvais pas faire mieux! Conformément à l'avis de Maman, je me suis efforcée de ne pas trop me faire remarquer, j'ai mis mon tailleur rose-pâle dont j'ai fermé la veste autant que possible et mes mocassins beiges. Évidemment, je cherchais à faire plus vieux que mon âge mais çà n'a pas marché. Lorsque je suis entrée dans son bureau, le principal m'a dit « Vous avez déjà enseigné dans ce type d'établissement? »
Je lui ai répondu que non bien sûr, en me retenant le lui faire remarquer que si j'avais atterri ici, c'était bien parce que je n'avais jamais enseigné nulle part, ni dans ce type d'établissement, ni ailleurs. Il a ajouté : « C'est dur ici vous savez! » et puis il m'a présentée à son adjointe qui a jugé mon attitude avec sévérité avant de m'accompagner sur les rangs.
Là, quelle ne fut pas ma surprise, cher Journal, de voir des élèves sans cartable, la chemise ouverte sur des poitrails imberbes et le carnet de correspondance coincé dans le jean! L'adjointe avait l'air un brin compatissante en me disant « Voilà, je vous les laisse! »
Cher Journal, Maman m'avait bien dit de faire profil bas sur les rangs et d'attendre d'être dans ma classe pour faire de la discipline mais du groupe fusaient des « 95D » dont je ne savais quoi penser. Je me suis demandée quelle marque de portable cela pouvait bien désigner et puis j'ai vite renoncé car il fallait les faire entrer en classe.
Une fois la porte fermée, je les fis asseoir tant bien que mal. Je remarquai que contrairement à ceux qui portaient la chemise bien ouverte; d'autres ne quittaient pas leurs doudounes qui me paraissaient un peu chaudes pour un mois de septembre.
Je commençai à faire l'appel en écorchant les noms pour finalement ne me concentrer sur les prénoms qui souvent différaient de ceux inscrits sur la liste. Quelquefois, lorsqu'un élève manquait, un cri « Il est au bled! » jaillissait du fond de la classe.
Puis, je commençai mon cours, lorsqu'un adolescent m'interpella en me demandant comment on disait « La touffe » en anglais et je lui répondis « Shaggy hair », ce qui déclencha l'hilarité générale. C'est vrai que j'aurais du me faire un chignon, mais les épingles me rentrent dans le cuir chevelu, je ne les supporte pas.
Enfin, le cours se passa tant bien que mal, je crois, malgré tout, avoir réussi à nouer le contact, cher Journal et je suis heureuse de pouvoir me confronter à ma véritable mission!
Jeudi 15 Septembre
Aujourd'hui, çà s'est assez mal passé. J'ai d'abord remarqué que les sixièmes passent leur temps en classe à grignoter des graines de tournesol appelées « pépites » qu'ils crachent ensuite sur le sol. Je n'ai rien osé dire et suis allée chercher le balai à la récréation afin de nettoyer.
Un de mes élèves m'inquiète, il voit des aliens partout, passe son temps à leur tirer dessus (sur les aliens) et parle seul. J'ai décide de l'isoler. D'autres sont venus me dire qu'un de leur camarade s'amusait à faire des grimaces dans mon dos . Je l'ai pris à part à la fin du cours afin de le sermonner et de lui montrer que son attitude nuisait à toute la classe. Il m'a bien promis de ne plus recommencer.
Tout est allé assez bien jusqu'à 16h où une élève m'a dit d'aller, je n'ose le répéter mais à toi, je peux le confier, « niquer mes morts. » Je me suis confiée au CPE, qui m'a bien expliqué qu'il ne fallait pas prendre cela personnellement mais plutôt comme l'expression de la violence connue à la maison. Je suis heureuse qu'il m'ait ainsi conseillée cher Journal. Lui-même est plein d'abnégation, les élèves l'appellent régulièrement «Maricon! »1 et il trouve que c'est bon signe qu'ils utilisent leur langue maternelle pour communiquer. Il me dit de privilégier le dialogue, c'est ce que je m'efforce de faire...
Mardi 13 octobre
Je tiens encore cher Journal mais je ne te cache pas que c'est très dur. Aujourd'hui Fabrice a attaqué Emilie, croyant avoir à faire à une alien. Il lui enfoncé la pommette. La mère est venue furieuse me demander des comptes, je pense qu'elle va porter plainte, je l'espère pas contre moi. Les quatrièmes ont profité d'un moment d'inattention (j'étais dans la salle attenante en espérant trouver un appareil de télévision en état de marche) pour faire un ring avec des tables afin que deux d'entre eux puissent se battre.
Que faire? Je discute encore et toujours mais je me sens impuissante.
Novembre (jour illisible)
Encore un jour dans ce bahut de merde et je flingue tout le monde. Ces petits cons m'ont balancé un clou dans le tableau et m'ont bombardée de prunes pas mûres à la sortie. Cette grande trompette2 de CPE m'a fait son sermon en bois, s'il ouvre encore la bouche, je l'encadre!
DATE INCONNUE
Bordel, çà a saigné aujourd'hui!
J'ai viré un élève avec sa table et sa chaise, vidé des sacs par les fenêtres, claqué des portes dans la figure, distribué des steaks3 aux sixièmes mangeurs de pépites et pendu Mehdi-la-grimace au porte-manteau!
J'ai prévenu que si j'en entendais encore un dire « Je bouffe la chatte A ta mère » au lieu de « DE ta mère », je lui faisais manger son extrait de naissance.
Je suis à bout, cher Journal. Je suis capable de commettre un meurtre, au bord du fait divers. N'ai pas changé de jean depuis quinze jours et mes baskets, (mes « crêpes »4, comme ils disent) commencent à renifler sévère. Ce n'est pas grave, ils ne m'auront pas. Je résisterai et Maman sera fière de moi.
Juste pour dire qu'un nouveau record a été battu...Récemment invitée à une soirée mojitos, electro, hugging, touching, french-kissing, naked-bathing et plus si affinités, ai eu le plaisir de voir nos amis de la police débarquer à ....onze heures...appelés par personne, d'ailleurs, juste pour prévenir...
Justice a été passé bien plus tard, je trouvais que çà s'accordait bien avec l'atmosphère générale...
Comment leur faire comprendre que j'en ai marre? J'en ai marre de leur esprit de groupe, de leur camaraderie à la mords-moi le flanc, de leurs tee-shirts Quechuas et de leurs grosses chaussures de rando. Et puis j'aime pas la montagne...Surtout la montagne en été parce qu'il y fait moche. Il pleut depuis des jours et des jours et rien d'autre à faire que de jouer avec un vieux jeu de Scrabble auquel il manque vingt-cinq jetons, affalés sur des bancs en pin clair, pur produit de l'artisanat du Queyras.
Et les randonneurs de s'extasier « Ah! Le bon air frais! », « Ah! La montagne çà vous gagne! » Et le soleil? Où est le soleil? C'est pour les Anglais ou quoi?
Ils me disent : « Toi, tu ne fais que râler. Tu peux pas t'intéresser un peu? Là, tu viens de rater un mot compte triple! Lâche un peu ton IPhone et ton vernis à ongles! Viens participer! » Participer ? Y a même pas de WIFI ici et la 4G rame à mort ! Y a rien que de la montagne moche et des chemins boueux et le Trou de la Dame qui est encore bouché ce matin! Le Trou de la Dame, c'est le sommet qu'on aperçoit depuis l'appartement des joyeux lurons. C'est ce qu'on dit ici : « Quand le trou de la Dame est bouché, la journée entière ça va pisser » Devinez quoi? Ce foutu trou est bouché depuis le début du séjour.
Sauf ce matin. Tiens, le soleil est revenu de Londres nous faire une petite visite, après avoir fait cramer les Brits dans Hyde Park. Vite, les boy scouts chaussent leurs Ray Bans polarisées, histoire de pas choper un cancer des yeux :
« C'est géniaaaaaaaaaal..... On va pouvoir aller se faire une rando!! »
Une quoi? Même pas en rêve, mon frère, moi je lâche pas mes Jimmy Choo d'une semelle. Je sais pas marcher d'abord et puis j'ai pas pu passer chez Décathlon me procurer les Quechuas Outdoor triple étanchéité idoines, c'est ballot hein?
« Meuh non! Une rando à vélo! T'as rien à faire, juste à pédaler, Maeva Ghennam! C'est que de la descente! »
Mouais, de toutes façons, si je reste les fesses vissées sur ces chaises sculptées par un autochtone qui s'est pris un jour pour un designer, je vais afficher au moins deux kilos de plus. D'ailleurs, je suis sûre que je les ai déjà pris, merci la raclette et la tarte aux myrtilles.
Bon me voilà partie...Tout le monde est joie et extase...On a rendez-vous devant
l'Office du Tourisme. Tiens, voilà la G.Otte, tu peux pas la manquer, elle a une polaire en bouclettes beige, on dirait qu'elle a buté la maman de Petit Ours Brun. Elle a le sourire radieux des gens qui ne s'ennuient jamais et un bandana sur le front que personne oserait porter en public. Les randonneurs sont hyper-ravis de la voir et ils enfourchent leurs vélos avec enthousiasme.
Moi, j'aime pas les sportifs hilares. Et puis quand j'aime pas les gens, ça se voit. Mais va savoir pourquoi ces mêmes gens que j'aime pas sont aussi crétins que les chats qui viennent se frotter aux jambes de ceux qui peuvent pas les blairer. Gentille Organisatrice vient se planter devant moi.
« Ca va? »
Bin oui, ça va, pendant que mes copines font doyoudoyoudoyousaintropez en prenant leur douche au champagne, moi je passe des vacances intelligentes, avec ma Kindle, (j'ai même lu Game of Thrones en anglais), habillée comme un sac, avec des boutons plein la tronche.
Et allez vas-y la rando. Comme on est trop fort pour passer par la route on sort des sentiers battus.
En gros, on se lance sur un chemin forestier et vu le taux d'humidité de ces derniers jours, les fondrières font environ cinquante centimètres de profondeur.
Et vlaaaaaaaaaaaaf, voilà mes New Balance toutes degueus. Madame Guronsan me lance « Ca va? » Elle a droit en retour à mon fameux sourire hypocrite numéro cinq, celui que je réserve en général à mon chef.
C'est de pire en pire. A la gadoue, succède un torrent à sec, plein de pierres hostiles. Mon vélo saute dans tous les sens, on dirait la Ford T de Gaston Lagaffe lancée à toute blinde.
Les randonneurs sont aux anges, leurs Quechuas n'ont plus figure humaine, leurs Ray Bans sont mouchetées de boue.
Et Miss Alpe d'Huez 2014 qui me gratifie d'un « Ca va? »
« NON! CA VA PAS. »
Et là dessus, je me taille, sur la route en mode escape, NIQUEZ-VOUS, bande de bouseux moi je rentre à Marseille.
Bon allez-y, huez-moi, villipendez-moi, je suis nulle je sais...Un ptit feed comme çà en passant, issu d'un atelier d'écriture...En gros, écrire un texte où les objets se transforment la nuit..
Une nuit comme toutes les autres… Une nuit où il n’y a plus de place pour Dr Jekyll et où Mrs Hyde occupe le devant de la scène… La lune est bleue comme un passeur tranquille…I
l faut que je la laisse glisser hors de la tanière où je la tiens recluse enfin de nous sentir enfin vivantes, Jekyll et Hyde unies par les liens du sang.
Sur la table en formica blanc, j’ai dénudé ma victime pendant qu’elle était encore sous l’effet du mélange de tranquillisants que je lui ai injecté. Les couteaux affutés sont rangés par ordre de grandeur sur l’établi, que j’ai pris soin de recouvrir de film alimentaire transparent. Le corps de ma victime est solidement maintenu par des mètres et des mètres de ce même film, que Jin Wong, le prévenant Coréen de la 14e rue, commande spécialement pour moi sans jamais me demander pour quel usage. Sans doute me prend-il pour une de ces consommatrices effrénées de poulet frit….
J’ai baîllonné « Little Gonzales » avec du chatterton premier choix, également acquis chez Jin Wong. Je le vois ouvrir les yeux, c’est normal, mon cocktail de barbituriques l’a maintenu inconscient pendant exactement 73 minutes, le temps qu’il m’a fallu pour l’installer confortablement dans mon antre. Je m’attends à le voir écarquiller les yeux sous l’effet de la surprise. Hé oui, il doit encore penser que la somptueuse créature à jupe fendue et décolleté savamment travaillé, qui l’a outrageusement dragué dans ce bar sordide, va se lover contre son torse velu de brute épaisse !! Mais la créature a disparu, sous une combinaison étanche et un masque de soudeur, seules protections efficaces contre les éclaboussures.
L’affreux bonhomme ouvre donc ses yeux jaune sale. Mais je ne lis aucune terreur dans ce regard , bien au contraire. La situation a l’air de le réjouir, ses prunelles s’allument de particules dorées. Le chatterton qui le maintient silencieux se met onduler bizarrement. Je comprends qu’il passe sa langue en dessous et qu’il est en train de….Oh mon Dieu, il est en train de manger mon chatterton premier choix que j’achète par paquets de douze à Jin Wong !!! Il finit par l’engloutir en entier et me lance « Hey, man, top qualité ton réglisse ! ». Je me rends compte avec horreur que le film alimentaire que cet escroc de Jin me fait payer 3 dollars le rouleau est littéralement alimentaire. Ce sont des feuilles de gélatine parfum noix de coco.
Dieu du ciel, cette racaille de « Little Gonzales » a tôt fait de s’en emparer à pleines mains et de le dévorer. Dans les films, le héros s’en sort en rongeant ses liens et là c’est pour de vrai et même pas désagréable. Mon esprit patine, je suis incapable de me concentrer. Je ne suis plus qu’un pauvre chose affolée qui saisit en toute hâte un couteau de boucher avant que ce saligaud ne se lève et ne me fasse la peau. Horreur ! Celui-ci se ratatine dans ma main et je réalise que je tiens une poignée de bonbons nounours gélatineux avec lesquels je suis bien incapable de frapper mon adversaire. Little Gonzales se lève et me serre dans ses bras « Merci pour le dessert, man ! C’est le meilleur que j’ai jamais mangé. Quelle chouette fête d’anniversaire !! ». Et il engloutit mes nounours parfum coca. Je le vois courir extatique et nu sous la lune, le corps comme glacé au sucre. Je pense que j’ai un peu forcé sur l’héroïne dans la dose que je lui ai injectée….
Ne me reste plus qu’à rendre une visite nocturne à Jin Wong… Son chatterton, c’est vraiment de la camelote…
Bon allez, je suis bonne. Avant de partir en cavale au bord de mer avec un beau brun aux zieux verts (tiens, çà rime), je me fends de mon post annuel sur MARSATAC.
C'était donc Samedi soir. Marsatac, c'est pas si simple. La presque blonde à forte poitrine que je suis ne connait aucun des groupes présents. Il faut donc se munir d'amis adéquats en l'occurence Gorion et Vyk, qui vous disent comment naviguer entre la scène Pharo et la scène Major et pourquoi çà c'est nul et pourquoi çà c'est bien. Remarque, je pourrais bien me débrouiller toute seule mais comme le son est souvent très limite, c'est un peu difficile de se faire une opinion. Marsatac, donc pas simple non plus au niveau de la tenue. Il y fait assez humide et froid surtout en fin de soirée/début de matinée (c'est au bord de mer, sur l'esplanade de l'ancien dock J4, tout au bout du Vieux Port). Il y a donc un uniforme OBLI-GA-TOIRE, auquel nul ne peut échapper, i.e. jean, baskets, tee-shirt+petite laine, blouson et surtout, surtout KEFFIEH. C'est pas compliqué, le Keffieh, fait partie du dress code, si vous ne l'avez pas vous vous faites refouler à l'entrée sous les quolibets de centaines de pré-adultes qui vous bombardent de bouchons d'oreilles fluos. Evidemment, ces mêmes pré-adultes agrémentent leurs looks de ray bans colorées et de casquettes pathétiques ( y en a même en shorts, lunettes, casquettes, KEFFIEH et bière bouteille) mais bon, eux, zont l'âge requis pour la suite de la soirée, électro à mort, et toi, bin tu commences à faire un peu tache. Donc, voilà, Changaili avait tout bien, copains+tenue, plus quelques ex dissiminés au gré des stands, histoire de se changer du poh-poh-poh ambiant. Je vous passe les groupes un peu pathétiques du début de soirée pour me concentrer sur ceux qui m'ont fait impression, en particulier eux, les Polysics, polyvitaminés et complètement barges, je dis pas que j'écouterais çà tout le temps mais bon vu qu'on commençait à se peler, çà a fait son ptit effet. J'ai bien aimé la nipponne impassible au clavier, qui agitait des poms-poms en lamé çà et là. Impression ou pas, DJ Chloé, franchement je sais pas. Elle m'a laissée sceptique la ptite dame. Je me suis demandée si elle faisait pas une réduc de 15% sur le suicide collectif pasque d'accord trans minimale qui avait écrit sur le programme, mais bon là on a envie de se jeter dans le sillage d'un car ferry, tiens, c'est peut-être pour çà qu'ils ont mis du grillage partout, je me dis dans un éclair de lucidité.
Bon bref si surpraise, il y a eu, elle est venue des BOYZNOISE, qui a permis à des préados et à des préretraités dans mon genre de se transformer en ourangs outangs fous furieux. Cà a bien réchauffé l'atmosphère...mazette...
Laurent Garnier m'a bien suppliée de rester mais j'ai préféré le laisser mixer seul. 5 heures du mat', j'ai des frissons et le maroc ne fournit plus assez de haschich pour le J4...
Très, très peu de rapport entre le film et mon post, mais bon, voilà c'est l'inspiration qui déraille c'est comme çà, faut pas se poser de question. Et puis la morale du film, c'est qu'il faut choisir le rêve plutôt que la réalité non?
Voilà je publie ce que j'ai rédigé cet aprème lors d'un atelier d'écriture organisé à l'occasion de Septembre en mer (en plein mistral, glagla). De toutes façons, si c'est pas moi, qui va le publier hein, hein???. Je précise que le titre était imposé et donc pas de moi (çà tombe sous le sens..)
LA ROSE A LA MER
La croix d’Agadès pèse lourd à mon cou. Une rose des sables échouée dans mon cœur, Une rose du désert déposée à mes côtés par un clair matin, Une rose des chagrins jetée à la mer le soir même Puisque le bonheur ne dure que le temps d’une rose. Une rose d’hiver glanée dans une ville à nulle autre pareille, Une rose dont le pourpre égalait celui des casbahs. Tes yeux levés sur moi dans les jardins de la Ménara , Le parfum qu’exhale une fleur à peine éclose…. Une rose déjà fanée, sur les remparts de la blanche Mogador, Les embruns qui fouettent mon visage, L’Atlantique, couleur de sombres présages, Et tes yeux baissés, obstinés. Une rose tombée en pétales, Emiettée au gré des alizés Qui finit sa course au pied des remparts sur la plage, Léchée par les vagues visqueuses Engloutie par l’eau poisseuse . Puisque le bonheur ne dure que le temps d’une rose, Et puisque la croix d’Agadès, à tout jamais, pèse lourd à mon cou.
Oué, je sais, je bulle en vacances, la Corse et la Sardaigne...c'te honte...et pas l'ombre d'un ordi en vue...mais bon...çà y est je suis revenue, et pour ma peine, une angine carabinée because baignade dans de l'eau glagla...eh oui, c'est comme çà ici, un soleil d'enfer, une onde translucide, mais à 18 pitits degrés cause méchant mistral...heureusement que l'ADCR m'a remonté le moral avec cette vidéo "Foux de fafa", "Je ne comprends pas". Marki Gaël.
Non, justement pas d'économies de moyens sur le plateau des Chorégies d'Orange! Que du grandiose, du lourd, du couillu, du Carmen quoi! Hé bien, oui, votre serviteuse a eu l'insigne honneur d'être conviée à la générale par un beau torero, grand ami des animaux au demeurant, au costume et aux yeux d'un noir de jais (huhuhu, lucky Chan Chan!!) De l'arbre gigantesque en polystyrène (si, si, si je l'ai vu trembler aux passage de la soixantaine de figurants) aux braseros et aux torchères, le décor s'accomode fort bien du gigantisme du théâtre antique. Pas de couleurs pétantes, des tons à la Goya, pour une Andalousie en teintes sourdes. Seul le dernier acte voit éclater les paillettes des costumes de toreros et se découper la blancheur mortifère de la robe de Carmen qui marche à la mort comme un goodfella de chez Scorcese....Impressionnant aussi ce final qui voit se rassembler sur scène les quelques 200 participants au spectacle ainsi que les chevaux, mais si, mais si...Bref, du spectacle comme on aimerait en voir plus souvent...
Changamusarderies au bord du Rhône et sous le pont d'Avignon. Du palais des Papes jusqu'au théâtre Antique d'Orange, le Lys de Shanghaï promène son spleen, caché sous des robes multicolores...Une seule couleur, rouge-crimson, pour la robe de Darina al Djoundi dans son one woman show "Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter" et un coup de foudre. Je suis tombée amoureuse de cette femme splendide, émouvante comme une tragédienne, délurée comme un Gavroche qui raconte sa jeunesse incroyable pendant la guerre du Liban. Elle s'adresse à son père mort, intellectuel jusqu'au boutiste qui voulut élever sa fille en être libre dans un pays où "la virginité est le seul capital de la femme orientale". Ce père, elle le soustrait aux versets du Coran lors de la veillée funèbre parce que selon lui "un croyant est le pire des casse-couilles qui passe son temps à faire chier les autres sous prétexte qu'il veut aller au Paradis". Ce père, depuis son exil ou sa prison, lui défend de porter un soutien-gorge ou lui conseille de se déflorer elle-même afin qu'aucun homme ne puisse "l'ouvrir comme une cannette de Sprite". Ce père, la libère mais aussi la condamne, on ne peut pas être libre, quand on est la seule parmi des millions. L'histoire est tragique, la souffrance de cette jeune femme indicible et un long silence accueille le retour à la réalité, comparable à celui qui suit les images des massacres de Sabra et Chatila, à la fin de "Valse avec Bachir". Une Libanaise, un Israëlien, une même génération, une même souffrance des deux côtés de la barrière. Mais je reste bluffée par le témoignage de Darina, après tout, n'est-ce pas une illusion que de vouloir la liberté totale lorsqu'on est femme que ce soit en Orient ou un Occident? Voir mes pensées précédentes sur la question
Ah écouter Arno reprendre ce délicieux titre d'Abba sous les cieux d'Istres!! Quelle délicieuse surprise, j'avoue que Arno me faisait un peu peur, j'ai pas un super souvenir de Gainsbourg sur ses dernières années mais le bonhomme a de la réserve, du coffre et de la bouteille (même pas rigolo, Changaili, retourne à tes bouquins). Concert de cymbales; beaucoup d'émotion lorsqu'il évoque les yeux de sa mère, un peu moins lorsqu'il hurle "On est moche mais on s'amuse", apparemment, il l'a déjà refilé au festival d'Ostende (voir vidéo)...mais j'ai bien aimé. Et n'en déplaise aux mauvaises langues, j'ai bien aimé ce fou furieux de Cali, dopé par la libération de Sainte Ingrid, déboulant à toute berzingue dans une arène à moitié vide armé d'un mégaphone pour faire descendre le public des gradins...Putain, putain, c'est vachement bien...