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samedi, avril 21, 2012

Dexter : I'm a father, a son and a serial killer




Une petite vidéo explicative du Code de Harry.



Un texte écrit lors des ateliers de la semaine noire à l'Alcazar, il y a un an. Autour du personnage de Dexter, justement.


"Ca me dépasse."

La nuit, la nuit de Floride, épaisse comme du sirop, nous enveloppait. Au dessus de nous, très haut dans le ciel flambaient les étoiles. Une lumière diffuse se répandait sur notre bateau, bercé par le chant des grillons et le croassement des crapauds.

Mon esprit se détacha alors de mon corps, et je me mis à survoler les everglades, rapide et léger comme une libellule. Je slalommai entre les grappes de roseaux, avant de plonger dans les eaux vaseuses de la mangrove. Je nageai un moment et malgré la visibilité réduite, je les aperçus. Ils étaient bien là, les cinq sacs poubelles noirs, proprement fermés et nettement alignés. Mon souffle se précipita alors et je m'emparai du plus petit d'entre eux. Je bataillai un moment avec le lien solide, tentant de l'arracher avec mes dents avant de l'éventrer avec mes ongles.

La tête était bien là, coupée net, bien proprement au ras de la mâchoire. La peau, parcheminée, semblait sur le point de se détacher comme du poulet frit. Le haut du crâne disparaissait sous une espèce de toque de pourriture, mousse et cheveux mêlés. Elle semblait avoir séjourné un long moment dans l'eau. Je la saisis alors et croisait le regard vitreux de Harry.

Je sursautai.

"J'ai peur" murmurai-je, sans en avoir vraiment conscience.
"Je sais, Dexter." répondit Harry bien vivant à mes côtés. " Tu as déjà eu envie de tuer d'autres êtres vivants, son, des humains par exemple?"
La tête tranchée et les orbites décolorées de Harry.
"No, Sir." mentis-je.
"C'est bien, son, c'est que le poison n'a pas encore fait son chemin dans ton esprit."

Mon esprit était alors concentré sur Oliver Logan, oui, cet imbécile qui ne cessait de m'interpeller dans les couloirs du collège. J'entendais sa voix résonner dans ma tête.

"Hey, Dex, you, freak! Y'know, you're a damn freak, fuckin' scary, man!"

Un red neck qui sortait avec une cheerleader encore plus idiote que lui, le genre blonde born again, officiellement réticente à toute relation charnelle hors mariage mais officieusement pratiquante de rapports anaux et buccaux dans le jacuzzi de ses parents.

J'ai pensé que ce serait bon de les avoir tous les deux sur une paillasse de dissection comme le crapaud du cours de biologie. Il serait intéressant de soustraire leurs extrémités une par une et d'observer leurs réactions, voir les nerfs bouger même sectionnés et peut être même leur coeur battre hors de la cage thoracique, comme celui d'un batracien.

C'est alors que je sentis mon sexe gonfler entre mes jambes. Mon visage s'empourpra et je détournai mes yeux de ceux inquisiteurs de Harry.

"Tu m'as rassuré, son, mais si jamais, tu avais une de ces pulsions, viens m'en parler. Il y a peut-être un moyen de les contrôler."
"Yes, Sir" dis-je.

Harry lança le moteur Evinrude du bateau.


mercredi, août 11, 2010

Sexe et Cité Phocéenne.


Atelier de Juin, les enfants... Sujet imposé, écrire une lettre imaginaire dans laquelle sera glissé un billet de dix euros...huhuhu...l'heure de la vengeance a sonné!!!


Cher Monsieur Bigorneau,
Voilà quelques mois, nous liâmes connaissance. Tout de suite, votre pouvoir de séduction a fait effet sur moi. Vous incarniez le charme de l'homme du Sud qui sait son affaire, avec vos tempes grisonnantes, votre bagou et votre veste en cuir négligemment enroulée autour de votre bras vigoureux. Il faisait grand-soleil ce jour-là, vous m'avez invitée à déguster un plateau d'oursins, sur le port de Carry-le Rouet, je buvais vos paroles ainsi que le vin blanc de la carafe fournie avec le menu.
Bien sûr, vous avez tout de suite eu la prévenance de m'informer que vous étiez marié, à une femme hélas gravement malade. Notre attirance, quoique platonique, s'en trouva renforcée.
Quelques jours plus tard, nous nous sommes retrouvés Chez Péron sur la Corniche. Vous aviez passé commande d'une bouillabaisse succulente et d'une bouteille de Cassis Blanc du Domaine de la Ferme Blanche millésimée 2000. Le coucher de soleil était magnifique et les pendants d'oreilles que vous m'aviez offerts absolument ravissants. Mais ce jour-là, je mis toute mon énergie à refuser vos avances, vous rappelant que l'amitié entre un homme et une femme était un bijou sans prix. A ce moment , vous m'avez gratifiée du plus savant et du plus passionné des baisers qu'il m'ait jamais été donné de recevoir.
Le lendemain matin nous partagions le petit-déjeuner sur la terrasse dévorée de lumière du Concorde Palm Beach, après y avoir passé notre première nuit ensemble. Vous aviez commandé un grand crème et j'y trempais mon croissant avec délice. Puis ce fut notre premier week-end, à l'Auberge de la Beaugravière dans la Drôme Provençale, vous avez prétexté une réunion régionale et éteint votre téléphone portable. On nous servit un menu exclusivement à base de truffes du pays et arrosé d'un Châteauneuf du Pape Blanc Vieux Télégraphe 2003. A ce moment-là, mon bonheur était presque parfait, vous étiez certes toujours marié et bien sûr dans l'impossibilité de quitter votre femme mourante, mais vous ne m'offriez que le meilleur et je vous en étais reconnaissante.C'est pour çà que j'ai très peu apprécié, espèce d'immonde salaud adultère, que lors de notre dernière rencontre vous demandiez à l'employée du Mac Donald's de Sainte Marthe si les menus à deux euros quatre-vingt dix étaient toujours disponibles. Certes votre épouse, en très bonne santé quoique enceinte de jumeaux, avait tout découvert, certes tout était fini entre nous mais ce n'était pas une raison. J'inclus dans cette lettre un billet de dix euros afin de vous dédommager de ce menu "Royal de Luxe", comme le prétend la publicité, et qui vous permettra de prélever, en outre, votre pourboire. J'ajoute que le dit pourboire me paraît disproportionné et sans rapport avec vos piètres performances sexuelles, le chiffre dix évoquant pour moi la taille en centimètres de votre pénis en érection multiplié par deux.
Bien à vous,
Caro Bradechi.

vendredi, avril 23, 2010

Analphabête

Texte Atelier de Mars : consigne indescriptible, en gros donner ses impressions à partir de l'écoute d'un Adagio de Barber. Bon moi je vous mets Bruce Springsteen à la place, chacun sa came...


Je ne connais pas la musique. Enfant, gamine, j'ai tapoté du piano, comme tout le monde, chez une Mme Luniewski dont le chien berger me mordillait les pieds. J'ai toujours eu très peur des chiens comme j'ai toujours eu peur du noir et des arbres agités par le vent lorsque tombe le soir. J'ai bien vite abandonné le piano, je me souviens, ma dernière leçon de solfège s'intitulait "Armure d'une gamme en dièse", soulignée en rouge et bleu. Mon professeur utilisait un de ces crayons bicolore au trait gras et épais. Je n'avais, n'ai toujours aucune idée de ce que c'est que l'armure d'une gamme, je ne comprenais pas, je n'ai toujours pas compris.
Je ne connais pas la musique, en tout cas je ne sais pas la lire, tout juste la chanter dans ma salle de bain ou dans ma salle de classe, c'est selon. Pourtant, je me souviens de ce prof de fac à la chevelure inculte qui nous disait "Tout art aspire à la condition de musique" et de nous citer en exemple, non sans ironie, un tableau de James Whistler Symphonie en blanc numéro un. Une fille blanche habillée de blanc sur un fond blanc, sponsorisée par Danone Nature, concluait-il, sûr de se tailler un beau succès auprès d'un auditoire conquis d'avance. Mais pas de titre, pas de sujet, juste un nom de partition, pour toucher le spectateur sans autre vecteur que celui de l'émotion.
Je ne connais pas la musique mais la musique me connaît. J'étais enfant alors, plus petite encore, avant les leçons de piano et de solfège. J'avais un de ces mange-disques orange tout à fait d'époque où je faisais jouer mes quarante-cinq tours préférés, des contes classiques dit par Claude Dauphin, François Périer et Christiane Minazzoli, je me souviens. Mon préféré était celui du Vilain Petit Canard dont je me sentais si proche, parce que trop petite, trop maigre, trop dans mes rêves et très maladroite déjà. Le Vilain Petit Canard, abandonné des siens, ne cessait de nager pour empêcher la glace de se former autour de lui sur l'air du Lac des Cygnes. Sur le final majestueux où les cuivres se joignent aux cordes, le Petit Canard voulait en finir et s'offrait en victime expiatoire à un groupe de cygnes blancs et évidemment, ces derniers l'accueillaient, le rassuraient, parce que c'était fini, il était devenu l'un des leurs, tout blanc d'une éblouissante beauté et à ce moment-là j'éclatais en sanglots. C'était le pathos de la musique, j'étais petite, c'était compréhensible, je ne connaissais pas le ballet, je pensais juste que c'était une histoire triste à mourir de petit canard rejeté par sa maman et je pleurais, pleurais sans m'arrêter.
Je ne connaissais toujours pas la musique non, j'étais bien plus âgée, bien plus forte, un corps de femme et une armure digne d'une gamme en dièse. J'avais ce corps dont je ne savais que faire, ces seins impossibles, impossibles à cacher, alors autant les montrer, autant les montrer et les imposer à tout le monde, mettre les décolletés les plus pigeonnants possible, autant passer pour la fille aux gros seins puisque manifestement j'étais, je suis toujours la fille aux gros seins.
Mes seins me précédaient donc partout où j'allais mais je m'étais habituée, j'avais presque vingt ans maintenant. La musique me prit à nouveau par surprise à ce moment-là, oui à ce moment précis, je me souviens de ce choc lorsque j'ai vu les doigts frêles d'une femme corsetée, émergeant de mitaines noires, courir sur l'ivoire des touches d'un piano abandonné sur une plage. Jamais un film ne m'a secouée autant que celui-là, une femme corsetée, prise dans l'entrelacs d'une forêt hostile et boueuse, d'une micro-société patriarcale où elle n'avait que le droit de lisser sa coiffure et rabattre ses jupons sur ses chevilles. La musique d' Ada, le personnage principal, explosait à la face de ce monde hypocrite, elle explosait, je redis le mot car il n’ y en a pas d'autres, en sensualité et en érotisme, d'ailleurs, j'ai retrouvé le nom du fameux thème musical The heart asks pleasure first, le coeur demande d'abord du plaisir, le coeur est un organe de feu pour citer Ralph Fiennes dans The English Patient. J'étais là, dans cette salle de cinéma, bouleversée par le personnage de Baines, interprété par l'immense Harvey Keitel, colosse au coeur d'artichaut, je dis ça mais c'est pour faire de l'ironie, Keitel me faisait pleurer autant que le Vilain petit canard lorsque nu et magnifique, il essuyait le piano de sa chemise. Je n'avais pas conscience que la réalisatrice satisfaisait le besoin de voyeurisme de son public féminin en le transformant, lui le macho des Scorsese et autre Abel Ferrara en objet sexuel. Non, qui a besoin de théoriser ça, faut-il être vraiment normal pour se poser la question? Baines était là nu et émouvant, bouleversé par la musique tel Swann dans le Salon des Verdurin "il avait pu éprouver une impression aussi confuse, une de ces impressions qui sont peut être pourtant les seules purement musicales(...) irréductibles à tout ordre d'impression.", lui l'analphabète, la page blanche, sur laquelle les phrases musicales d'Ada s'inscrivaient.
Cette musique, je ne la connais toujours pas, les années m'ont rendue plus cynique, plus ironique aussi, je me méfie de moi, même si mon armure de gamme en dièse est tombée par morceaux, lorsqu'elle ne servait plus. J'ai pris des claques artistiques et je m'en suis relevée, plus vite en tout cas que des claques amoureuses. Si la musique a provoqué, provoque encore des voluptés particulières, il suffit de surfer sur la vague numérique tard le soir pour revivre ces émotions presque instantanément comme si je pressais un bouton quelque part dans mon cerveau englué par le quotidien. Mon cynisme, -toutes les chansons racontent la même histoire, Unchain my heart, set me free, Mme Butterfly aurait dû faire un bras d'honneur à Pinkerton- disparaît comme par enchantement, et je pleure encore comme une Marianne James à la Nouvelle Star. C'était il y a quelques années, plus question d'enfance ni de sensualité en fleur, mon physique qui supportait, supporte toujours mal le second degré commençait à virer doucement à celui d'une matrone italienne, ce que je suis par atavisme. Je découvrais le poème "El Atlal", les ruines chanté par Oum Kalthoum. Cette chanson, ces mots que je ne comprenais pas, satisfaisaient mon besoin d'Orient de pacotille, celui des ryads, des moucharabiehs et des thés à la menthe que je connaissais si peu. J'ai lu Tahar Ben Jelloun, Isabelle Eberhardt, Alaa-al-Aswani, pour m'en approcher, toujours avec El Atlal dans la tête. La traduction, je l'ai cherchée plus tard et effectivement c'est toujours la même histoire. Le coeur est un chasseur solitaire, l'amour n'est, n'était qu'un mirage, servons-nous à boire en souvenir de ces ruines qui donnent le titre à la chanson. J'ai pleuré plus encore que toutes les autres fois, je pense que j'étais Dora Maar, la Niagara de Julien Clerc et Alice réunies en une seule personne, mes pleurs auraient pu noyer une famille entière mais j'ai surnagé, grandi, rapetissé et regrossi pour être là aujourd'hui.
Et maintenant?
Il y a deux jours, je surfais sur cette vague numérique, et j'ai ramassé comme un bout de bois flotté, cet air, ces paroles arrachées à la gorge de Bruce Springsteen, logées sous le bouton un peu déglingué du juke-box qui me sert de mémoire. Alors puisqu'il faut bien finir, autant finir sur ces mots-là.

"Come on baby and dry your eyes
Come on darling and dry your eyes
Come on darling and dry your eyes
Come on dream on, dream baby dream"

lundi, décembre 28, 2009

Voeux non exaucés à ce jour....


Puisque la nouvelle année me cherche, tiens mange-toi çà, changaili strikes back.


Liste des voeux non exaucés à ce jour.


-Danser le moowalk sur la tête.

-Défiler pour Dolce and Gabbana en talons de

12 cm sans me ramasser comme Carrie Bradshaw.

-Rouler une pelle à Alain Delon jeune, le même que dans la pub Eau Sauvage.

-Jouer comme Adjani, sans être aussi dingue.

-Etre belle comme Bardot sans être aussi bête.

-Boire plus de deux verres de punch sans dire n'importe quoi.

-Avoir chanté pour Gainsbourg sans coucher avec.

-Savoir danser avec les danses de couples, type rock, salsa etc...

-Me TAIRE quand il le faut.

-Pouvoir me passer de soutif et mettre un marcel à la Jane B ...ou une chemis de sexy dyke.

vendredi, juin 12, 2009

Le journal d'Henriette.






Atelier d'écriture, dernier texte en date. Consigne "décrire un choc culturel." Z'allez pas être déçus.

Le journal d'Henriette.



Lundi 3 Septembre :

Cher Journal,

Pour ma première journée, je ne pouvais pas faire mieux! Conformément à l'avis de Maman, je me suis efforcée de ne pas trop me faire remarquer, j'ai mis mon tailleur rose-pâle dont j'ai fermé la veste autant que possible et mes mocassins beiges. Évidemment, je cherchais à faire plus vieux que mon âge mais çà n'a pas marché. Lorsque je suis entrée dans son bureau, le principal m'a dit « Vous avez déjà enseigné dans ce type d'établissement? »

Je lui ai répondu que non bien sûr, en me retenant le lui faire remarquer que si j'avais atterri ici, c'était bien parce que je n'avais jamais enseigné nulle part, ni dans ce type d'établissement, ni ailleurs. Il a ajouté : « C'est dur ici vous savez! » et puis il m'a présentée à son adjointe qui a jugé mon attitude avec sévérité avant de m'accompagner sur les rangs.

Là, quelle ne fut pas ma surprise, cher Journal, de voir des élèves sans cartable, la chemise ouverte sur des poitrails imberbes et le carnet de correspondance coincé dans le jean! L'adjointe avait l'air un brin compatissante en me disant « Voilà, je vous les laisse! »

Cher Journal, Maman m'avait bien dit de faire profil bas sur les rangs et d'attendre d'être dans ma classe pour faire de la discipline mais du groupe fusaient des « 95D » dont je ne savais quoi penser. Je me suis demandée quelle marque de portable cela pouvait bien désigner et puis j'ai vite renoncé car il fallait les faire entrer en classe.

Une fois la porte fermée, je les fis asseoir tant bien que mal. Je remarquai que contrairement à ceux qui portaient la chemise bien ouverte; d'autres ne quittaient pas leurs doudounes qui me paraissaient un peu chaudes pour un mois de septembre.

Je commençai à faire l'appel en écorchant les noms pour finalement ne me concentrer sur les prénoms qui souvent différaient de ceux inscrits sur la liste. Quelquefois, lorsqu'un élève manquait, un cri « Il est au bled! » jaillissait du fond de la classe.

Puis, je commençai mon cours, lorsqu'un adolescent m'interpella en me demandant comment on disait « La touffe » en anglais et je lui répondis « Shaggy hair », ce qui déclencha l'hilarité générale. C'est vrai que j'aurais du me faire un chignon, mais les épingles me rentrent dans le cuir chevelu, je ne les supporte pas.

Enfin, le cours se passa tant bien que mal, je crois, malgré tout, avoir réussi à nouer le contact, cher Journal et je suis heureuse de pouvoir me confronter à ma véritable mission!




Jeudi 15 Septembre


Aujourd'hui, çà s'est assez mal passé. J'ai d'abord remarqué que les sixièmes passent leur temps en classe à grignoter des graines de tournesol appelées « pépites » qu'ils crachent ensuite sur le sol. Je n'ai rien osé dire et suis allée chercher le balai à la récréation afin de nettoyer.

Un de mes élèves m'inquiète, il voit des aliens partout, passe son temps à leur tirer dessus (sur les aliens) et parle seul. J'ai décide de l'isoler. D'autres sont venus me dire qu'un de leur camarade s'amusait à faire des grimaces dans mon dos . Je l'ai pris à part à la fin du cours afin de le sermonner et de lui montrer que son attitude nuisait à toute la classe. Il m'a bien promis de ne plus recommencer.

Tout est allé assez bien jusqu'à 16h où une élève m'a dit d'aller, je n'ose le répéter mais à toi, je peux le confier, « niquer mes morts. » Je me suis confiée au CPE, qui m'a bien expliqué qu'il ne fallait pas prendre cela personnellement mais plutôt comme l'expression de la violence connue à la maison. Je suis heureuse qu'il m'ait ainsi conseillée cher Journal. Lui-même est plein d'abnégation, les élèves l'appellent régulièrement «Maricon! »1 et il trouve que c'est bon signe qu'ils utilisent leur langue maternelle pour communiquer. Il me dit de privilégier le dialogue, c'est ce que je m'efforce de faire...



Mardi 13 octobre

Je tiens encore cher Journal mais je ne te cache pas que c'est très dur. Aujourd'hui Fabrice a attaqué Emilie, croyant avoir à faire à une alien. Il lui enfoncé la pommette. La mère est venue furieuse me demander des comptes, je pense qu'elle va porter plainte, je l'espère pas contre moi. Les quatrièmes ont profité d'un moment d'inattention (j'étais dans la salle attenante en espérant trouver un appareil de télévision en état de marche) pour faire un ring avec des tables afin que deux d'entre eux puissent se battre.

Que faire? Je discute encore et toujours mais je me sens impuissante.


Novembre (jour illisible)

Encore un jour dans ce bahut de merde et je flingue tout le monde. Ces petits cons m'ont balancé un clou dans le tableau et m'ont bombardée de prunes pas mûres à la sortie. Cette grande trompette2 de CPE m'a fait son sermon en bois, s'il ouvre encore la bouche, je l'encadre!



DATE INCONNUE


Bordel, çà a saigné aujourd'hui!

J'ai viré un élève avec sa table et sa chaise, vidé des sacs par les fenêtres, claqué des portes dans la figure, distribué des steaks3 aux sixièmes mangeurs de pépites et pendu Mehdi-la-grimace au porte-manteau!

J'ai prévenu que si j'en entendais encore un dire « Je bouffe la chatte A ta mère » au lieu de « DE ta mère », je lui faisais manger son extrait de naissance.

Je suis à bout, cher Journal. Je suis capable de commettre un meurtre, au bord du fait divers. N'ai pas changé de jean depuis quinze jours et mes baskets, (mes « crêpes »4, comme ils disent) commencent à renifler sévère. Ce n'est pas grave, ils ne m'auront pas. Je résisterai et Maman sera fière de moi.

vendredi, février 13, 2009

L'ami de Lady Chatterton



Dexter, seas 5. Killing Jordan Chase.

Bon allez-y, huez-moi, villipendez-moi, je suis nulle je sais...Un ptit feed comme çà en passant, issu d'un atelier d'écriture...En gros, écrire un texte où les objets se transforment la nuit..


Une nuit comme toutes les autres… Une nuit où il n’y a plus de place pour Dr Jekyll et où Mrs Hyde occupe le devant de la scène… La lune est bleue comme un passeur tranquille…I
l faut que je la laisse glisser hors de la tanière où je la tiens recluse enfin de nous sentir enfin vivantes, Jekyll et Hyde unies par les liens du sang.
Sur la table en formica blanc, j’ai dénudé ma victime pendant qu’elle était encore sous l’effet du mélange de tranquillisants que je lui ai injecté. Les couteaux affutés sont rangés par ordre de grandeur sur l’établi, que j’ai pris soin de recouvrir de film alimentaire transparent. Le corps de ma victime est solidement maintenu par des mètres et des mètres de ce même film, que Jin Wong, le prévenant Coréen de la 14e rue, commande spécialement pour moi sans jamais me demander pour quel usage. Sans doute me prend-il pour une de ces consommatrices effrénées de poulet frit….
J’ai baîllonné « Little Gonzales » avec du chatterton premier choix, également acquis chez Jin Wong. Je le vois ouvrir les yeux, c’est normal, mon cocktail de barbituriques l’a maintenu inconscient pendant exactement 73 minutes, le temps qu’il m’a fallu pour l’installer confortablement dans mon antre. Je m’attends à le voir écarquiller les yeux sous l’effet de la surprise. Hé oui, il doit encore penser que la somptueuse créature à jupe fendue et décolleté savamment travaillé, qui l’a outrageusement dragué dans ce bar sordide, va se lover contre son torse velu de brute épaisse !! Mais la créature a disparu, sous une combinaison étanche et un masque de soudeur, seules protections efficaces contre les éclaboussures.
L’affreux bonhomme ouvre donc ses yeux jaune sale. Mais je ne lis aucune terreur dans ce regard , bien au contraire. La situation a l’air de le réjouir, ses prunelles s’allument de particules dorées. Le chatterton qui le maintient silencieux se met onduler bizarrement. Je comprends qu’il passe sa langue en dessous et qu’il est en train de….Oh mon Dieu, il est en train de manger mon chatterton premier choix que j’achète par paquets de douze à Jin Wong !!! Il finit par l’engloutir en entier et me lance « Hey, man, top qualité ton réglisse ! ». Je me rends compte avec horreur que le film alimentaire que cet escroc de Jin me fait payer 3 dollars le rouleau est littéralement alimentaire. Ce sont des feuilles de gélatine parfum noix de coco.
Dieu du ciel, cette racaille de « Little Gonzales » a tôt fait de s’en emparer à pleines mains et de le dévorer. Dans les films, le héros s’en sort en rongeant ses liens et là c’est pour de vrai et même pas désagréable. Mon esprit patine, je suis incapable de me concentrer. Je ne suis plus qu’un pauvre chose affolée qui saisit en toute hâte un couteau de boucher avant que ce saligaud ne se lève et ne me fasse la peau. Horreur ! Celui-ci se ratatine dans ma main et je réalise que je tiens une poignée de bonbons nounours gélatineux avec lesquels je suis bien incapable de frapper mon adversaire. Little Gonzales se lève et me serre dans ses bras « Merci pour le dessert, man ! C’est le meilleur que j’ai jamais mangé. Quelle chouette fête d’anniversaire !! ». Et il engloutit mes nounours parfum coca. Je le vois courir extatique et nu sous la lune, le corps comme glacé au sucre. Je pense que j’ai un peu forcé sur l’héroïne dans la dose que je lui ai injectée….

Ne me reste plus qu’à rendre une visite nocturne à Jin Wong… Son chatterton, c’est vraiment de la camelote…